Médias: Les cheminots voient ROUGE !

11 novembre 2018

Notre nouvelle SNCF: excès d'utopies dans le monde de Oui Oui

Vous nous avez fait part, autant par mail qu'en DM sur Twitter, de votre amertume, et le mot est faible, au sujet de ce nouvel outil de propagande assez déplacé qu'est "Notre nouvelle SNCF" Les avis dont vous nous avez fait part vont à peu près tous dans le même sens. Pour nous, la direction joue la carte du sarcasme. Thomas et Cassandra.

"Nous ne devons plus seulement être bons. Nous devrons être les meilleurs" 

Le site présente d'abord une page accessible à n'importe qui par ce lien. Cette page contient une vidéo de 2 minutes 41 dans laquelle des images d'animations se succèdent sur le fond musical de la SNCF. Une voix off explique les enjeux de la SNCF pour les années à venir. Elle cite: "Nous ne devons plus seulement être bons, nous devrons être les meilleurs" Une phrase utopique quand on sait que la direction, aidée par le gouvernement, s'emploie à démembrer l'entreprise depuis une vingtaine d'années afin de la revendre par morceaux à des capitaux privés peu regardants sur la qualité de service. Seul le fric comptera. Les usagers en font déjà les frais avec des séries d'incidents à répétition et une dégradation constante de l'offre de transport. Et ça n'ira pas en s'arrangeant. La SNCF prépare déjà l'arrivée de la concurrence et la privatisation, proche finalité, en s'adaptant aux réalités. Être les meilleurs oui. Mais seulement en bénéfices. Telle est la loi du marché.

Des avis triés sur le volet

La voix off détaille le déroulement de l'opération "Notre nouvelle SNCF". Elle s'articule autour de cinq engagements sur lesquels nous reviendrons plus bas dans l'article. Les salariés du GPF SNCF, qui ne restera pas GPF longtemps, sont invités à s'exprimer, à donner leurs idées pour construire la SNCF de demain. Notre fameuse nouvelle SNCF. La direction affiche une volonté de faire croire aux salariés qu'ils sont maîtres de leur destin. Mais nous ne sommes pas dupes.

Nous doutons fortement que les idées les plus pertinentes seront retenues. La vidéo explique que les COMEX eux mêmes étudieront les idées avancées par les salariés. Ce qui veut dire que la stratégie est de toute façon déjà jouée d'avance. Les idées de réunification des activités, de ré humanisation, d'embauches suffisantes au statut - garantissant du personnel formé et motivé - et de management humain seront éloignées. Seuls quelques avis triés sur le volet et allant dans le sens de la stratégie de démantèlement seront peut être retenus, pour faire "genre"


Quel avenir pour les cheminots ?

La réforme de 2014 ne devait rien changer. Tout potache sait que cette réforme a changé énormément de choses. Et pas dans le bon sens. Les réformes libérales n'ayant en aucun cas la vocation de changer les choses en bien. Ni pour les salariés, ni pour les usagers qui, répétons le, font les frais de 20 ans de politique désastreuse.

La réforme de 2016, loi travail, ne nous concernait pas. Dixit la direction, le gouvernement et les médias. On a la aussi la preuve du contraire. L'exemple d'actualité, c'est l'instauration des CSE, une véritable casse sociale du monde l'entreprise. La direction s'en donnera à coeur joie pour faire passer ses projets cataclysmiques pour les salariés et les usagers.

La réforme de 2018, soutenue par la direction, est le coup de grâce. Une véritable bombe atomique achevant le travail de saccage du transport ferroviaire en France. Elle ne garantit aucun avenir pour les salariés du GPF. Qu'il s'agisse de SNCF, SNCF mobilités ou SNCF réseau et de n'importe quel métier. Les bruits de couloir donnent les salariés de "l'activité TER" (on aime pas ce terme) comme étant les seuls concernés par la réforme. C'est faux, et on insiste bien là dessus pour qu'il n'y ait aucune mauvaise surprise dans les années à venir: TOUT LE MONDE est concerné. TER, TGV, Fret, SNCF réseau, SUGE, Optim'services... Personne n'est à l'abri d'un transfert à la concurrence ou d'une filialisation. Si ce n'est pas pire à terme.

Le PDG lui même a annoncé la suppression de 21000 postes dans l'entreprise d'ici à 2025. En sus des transferts à la concurrence. Ces suppressions de postes se traduiront par des non remplacements de départs en retraite, d'hypothétiques plans de départ volontaire et par une politique destinée à brader un maximum d'effectifs. Une politique dont elle risque de perdre le contrôle, le nombre de démissions étant en hausse. L'avenir des cheminots est donc incertain. Demander l'avis des salariés sur un avenir incertain est on ne peut plus sarcastique.

Et pour les usagers ?

Comme nous l'avons dit un peu plus haut, ils paient déjà les pots cassés des dernières réformes, avec une accélération de la casse de la qualité et de l'offre ferroviaire. Tout a commencé avec le transfert des compétences TER aux régions et la création, en 1997, de RFF. S'en sont suivis la séparation des activités, fatale pour la continuité du service, et la réforme de 2014. Qu'ils utilisent la SNCF ou un autre opérateur; par appels d'offres sur TER ou en open accès sur GL / TGV, ils paieront plus cher pour un service moins fiable. 

Les engagements

1: Accroître la satisfaction et l'engagement des collaborateurs

Les méthodes stratégiques et managériales rondement menées par la direction depuis vingt ans vont dans le sens contraire de cet engagement.La dernière réforme attaque frontalement les repères socios professionnels des salariés de la SNCF, déracinés de leur environnement et transformés en objets de rentabilité ou en simples pions. La nette hausse de démissions et l'épidémie de mal être au travail mettent cet engagement à mal. L'humain n'est plus au coeur des préoccupations de la direction, et cela depuis bien longtemps.

Malgré tout, cet engagement traduit l'une des plus grandes peurs de la direction: une perte de contrôle sur la purge qu'elle compte mener en vue de réduire les effectifs. C'est à dire, que les salariés partent vers des entreprises concurrentes. Et nombreux sont les cheminots, avec qui nous échangeons, qui se disent prêts à aller voire ailleurs. Même les plus motivés.

2: Être les meilleurs sur les fondamentaux

Les fondamentaux sont détaillés dans la partie réservée aux salariés (connexion ici) Tout comme pour le premier engagement, la direction fait tout le contraire pour la bonne tenue de cet engagement. Hormis la sécurité, et on touche du bois pour que ça dure malgré le transfert de la maintenance du réseau à des sous traitants. Les deux autres fondamentaux ne pourront jamais être tenus avec 21000 suppressions de postes. Et surtout pas en massacrant la filière commerciale, que le digital ne suffira jamais à remplacer. 

3: Développer l'usage du ferroviaire

Quelle blague ! Après Geodis pour le Fret, la direction s'emploie à transférer les voyageurs vers sa filiale déficitaire Ouibus. Donc un transfert du rail vers la route. Ajoutons à ça les fermetures de lignes suite à l'abandon volontaire de leur entretien. Et on a là encore un engagement totalement utopique.

4: Augmenter la satisfaction des clients

Même constat que pour l'engagement numéro 2. Les suppressions d'effectifs déjà actées et à venir vont dans le sens contraire de cet engagement. Le programme NRC est totalement mis à mal par la casse de l'emploi à tous les niveaux. Le manque d'entretien sur la matériel roulant, résultant de la suppression de postes dans les ateliers de maintenance, engendre régulièrement des suppressions de rames ou de circulations. Nous avons récemment eu l'exemple d'un Nice / Paris prévu en UM de TGV parti en US avec des voyageurs sans placement durant tout le trajet. Est-ce acceptable ? Non. Quid des TGV qui partent avec un seul ASCT, au mieux par rame, au pire pour deux rames ? Quid des voyageurs qui se retrouvent sans personnel qualifié pour les aider, les orienter, les renseigner en gare ? Les voyageurs utilisant les autres compagnies, comme actuellement Thello, se heurteront aux mêmes irritants. La satisfaction clients dans de telles conditions est également une utopie.

5: Etre économiquement rigoureux et performants

C'est le seul engagement viable. Au détriment des autres. Le fric, c'est tout ce qui compte. La SNCF fonctionnait mieux lorsqu'elle était encore une entreprise publique à part entière, sans enjeux financiers.

Conclusions

Vous l'aurez compris, pour nous, ces engagements sont utopiques. A l'exeption du cinquième. La démarche consistant à demander l'avis à des salariés oppressés par une politique stratégique nocive est sarcastique. Pour ne pas dire qu'elle est déplacée. Elle revient à demander à des victimes de choisir les armes avec lesquelles elles seront exécutées. Les décisions sont déjà prises. La nature des avis est naturellement déjà choisie. Les incertitudes règnent sur l'avenir des salariés du GPF. La direction assure le service après vente de la réforme, qu'elle a soutenue, en essayant de faire croire qu'elle s'intéresse à ses salariés. Elle fait croire que l'avenir est prometteur alors que la majorité des salariés n'est pas dupe.

Pour nous, il n'y a pas trente six solutions. Il faut revenir en arrière, chose que les réseaux étrangers privatisés ont tendance à faire. C'est le seul moyen de tenir les engagements promis par la direction. Il est urgent de réunifier les activités et les moyens de production, de ré embaucher du personnel qualifié et de remettre l'humain au coeur de l'entreprise.

LA NOUVELLE SNCF

 

Illustration de Yanis

Posté par MLCVR à 18:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


08 septembre 2018

Chronique de Jérémy, opérateur de circulation ferroviaire en réserve

Vue plus de 75000 fois sur notre page Facebook et partagée 1422 fois, cette chronique a été écrite et postée par Jérémy le 11 septembre 2016. Il l'a rédigée et postée en un seul jet. Elle a connu un véritable succès et a mis beaucoup de monde d'accord à l'époque. Nous la rééditions sous forme d'article sur le blog.

" J'ai fait le choix, celui d'être opérateur de circulation ferroviaire à la SNCF, de travailler en 3x8 et d'être amené à manquer des instants précieux. Mais malgré la fierté et le plaisir que j'ai de faire ce métier, j'ai quand même mal d'être au travail en ratant certains événements.

Il est 7h17 et nous sommes dimanche. Je ne rentre pas d'une soirée qui s'est finie tardivement. Mais je rentre du travail. Je vois, sur les murs facebook de mes amis, les photos de la soirée d'anniversaire des 25 ans d'un ami que je connais depuis les chaises de l'école maternelle. J'aurais du aller à cette soirée dans la salle des fêtes de mon village Aquitain. Mais je n'y étais pas.

Le nanti de cheminot que je suis, payé à rien faire et bon à être insulté partout même par des politiques, était au travail au lieu de fêter cet anniversaire. Vendredi en partant à 8 heures, j'ai eu un fax. Une commande comme on dit chez nous. Une commande qui a annulé mes horaires de journée d'hier pour me mettre une nuit, celle qui vient de s'écouler, pour remplacer un collègue. Réglementairement, j'étais le seul agent disponible à pouvoir faire ce remplacement de nuit.

J'ai permis à des dizaines de trains de circuler. Parce que le trafic ferroviaire ne dort jamais. Parce que la nuit, même le week end, il y'a des trains de marchandises, ceux qui transportent l'essence dont vous aurez besoin dans deux ou trois jours par exemple. Des trains de voyageurs, réguliers ou spéciaux. Les derniers TER tard le soir, les premiers tôt le matin qui permettent d'aller en soirée et d'en revenir sereinement. Les circulations à vide, c'est à dire les rames qui circulent vers une autre gare, vers un dépôt pour être à la bonne place à l'heure où il faudra transporter des passagers. Des trains de travaux aussi, ceux qui assurent la maintenance des installations pour que les trains circulent en sécurité.

Sans moi, sans mes collègues, sans nous, sans cette activité nocturne dans les postes de circulation, dans les dépôts, dans les gares, dans les centres de maintenance, des dizaines, des centaines de trains ne pourraient circuler ce dimanche. Autant de trains que tous les utilisateurs sont contents de trouver car ils ont une bonne raison d'avoir besoin de prendre le train un dimanche, ou n'importe quand. Ce service est une chance car il n'est plus rentable. Et il est assuré par et grâce à ceux qui sont insultés à la moindre occasion, qui se battent pour garder leurs conditions de travail en 3x8 tous les jours de l'année. Pensez y.

Oui, il y'a des ratés, des "indisponibilités d'un matériel", "attente d'une rame ou de la locomotive", "absence inopinée d'un agent", "régulation du trafic".....

Mais chacun fait pour le mieux, avec les moyens donnés et en jonglant avec les aléas. Un retard ou une suppression peuvent engendrer beaucoup d'agitation, jusqu'à la dernière seconde, pour trouver une solution coûte que coûte.

Un engin moteur un peu têtu qui fait des siennes pour se mettre en route, c'est un agent qui s'affole derrière le cerclo pour faire démarrer sa foutue machine.

Une alerte qui nécessite de ralentir la circulation des trains, occupant les cantons de circulation plus longtemps, ce sont des agents de circulation et des régulateurs qui veillent plus que tout sur votre sécurité. Parce qu'on n'envoie pas un train à pleine vitesse dans un canton occupé, sinon "canton" deviendrait "carton" Une lettre et ça change tout.

Un agent malade - ou pire -, un agent non utilisable à l'heure prévue pour X raisons, un agent non commandé, c'est un gestionnaire de moyens qui durant toute la nuit va scruter l'état de son effectif pour essayer de trouver la solution qui sauvera un, deux, trois trains qui transporteront peut être juste 5 ou 10 passagers chacun. Un peu comme ma commande qui a permis d'assurer le service la nuit dernière.

Il y'a un peu plus de trois ans, quand ma fille Madison est née, j'étais à 100 kms de la maternité en train de gérer la circulation des trains en heure de pointe à la sortie d'une gare importante. Et une fois la pointe finie, quand j'ai pu regarder mon téléphone portable, j'ai vu un appel en absence et un message vocal, datant d'une heure auparavant. Mon beau père m'annonçait la naissance de ma fille. Je ne pouvais pas partir immédiatement, laisser le poste de circulation en plan, sinon j'aurais déclenché le ralentissement et l'annulation de plusieurs trains. J'ai du attendre que mon responsable d'astreinte vienne me remplacer, si gentiment, pour que je puisse partir un peu plus tôt.

La majorité des circulations seront assurées sans encombre ce dimanche, comme tous les dimanches, comme toutes les fêtes, comme tous les jours. 365 ou 366 jours par an, jour et nuit, le rail est une fourmilière. Nous sommes des hommes et des femmes de tous âges, de toutes origines, des êtres humains qui font le maximum pour vous en toutes circonstances. Pour longtemps encore ? Pas si sur. C'est pas rentable. Regardez les trains de voyageurs de nuit ! Plus personne n'en veut, même les privés, même les Russes n'en veulent pas. Je ne donne pas cher des trains qui transportent 50 personnes en moyenne. Vous voulez des économies et la privatisation ? Alors commencez à ne plus espérer trouver de train quand vous en aurez besoin. 

Je vais me coucher, m'isoler pour pouvoir dormir pendant que ma fille et ma bien aimée passeront la journée seules jusqu'à mon réveil vers 14h.

_Jérémy / opérateur de circulation ferroviaire en réserve et chroniqueur MLCVR "

Posté par MLCVR à 12:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 septembre 2018

Danger sur les rails: quand l'insolence rejoint l'inconscience

Nous sommes longuement revenus sur l'accident qui a coûté la vie à un adolescent de 16 ans en gare de Nouan le Fuzelier (41) lundi soir. Le jeune homme, qui descendait d'un TER Châteauroux / Vierzon / Orléans, a traversé les voies sur le PN gardé numéro 112 alors clos et interdisant toute traversée des voies. Il a été percuté par un TER Orléans / Vierzon / Bourges et est décédé des suites de ses blessures. Nous avons alors réagi sur l'inconscience d'une partie de la population vis à vis des dangers du chemin de fer. Nombreuses ont été les réactions de cheminots signalant que les rappels à l'ordre se terminent souvent en insultes, en menaces ou pire encore: en coups. "Les gens ne se rendent pas compte du danger et ne veulent pas admettre qu'ils ont tort", dit Estelle, agent d'escale traitée de "sale pute" après avoir repris deux adolescentes qui ont traversé 4 voies dans sa gare. "Je suis lassé de répéter x fois par jour qu'il est interdit de traverser les voies quand le pictogramme est rouge et j'ai peur d'avoir un accident de personne sous les yeux", rapporte un agent circulation Auvergnat.

Quelques exemples d'accidents

Nous parlons ici seulement des accidents ou du risque d'accidents, et non pas des suicides. Et plus précisément des accidents dus à l'imprudence. Nous éloignons le sujet des accidents, ou risques d'accidents, train contre véhicule motorisés et nous nous focalisons sur les accidents avec des piétons. Parmi eux, nous citons:
-L'accident de Montluel le 7 janvier 2011. Un jeune âgé de 16 ans a été percuté par un TER Lyon Annecy alors qu'il traversait les voies sur pictogramme rouge clignotant.
-L'accident de Montfort le Gesnois le 1 octobre 2013. Un jeune âgé de 17 ans a été percuté par un TER Le Mans Paris alors qu'il traversait les voies, ainsi que deux de ses amis, au lieu d'emprunter le passage souterrain.
-L'accident de Saint Seurin sur L'Isle le 14 mars 2018. Une adolescente de 15 ans a été percutée par un TER Bordeaux Limoges. Elle a traversé les voies sur un passage à niveau aux barrières fermées. 
-L'accident de Fréjus le 4 juin 2018. Un résident de la commune âgé de 22 ans a traversé les voies pour ne pas arriver en retard à son cours de boxe.
Dans chaque cas il y'a eu des témoins. Bien sur, le conducteur du train mais aussi des usagers, des camarades de classe ou pire encore, de la famille. Tous se souviendront à jamais de l'accident qui s'est déroulé là, sous leurs yeux.

Petits rappels élémentaires

A chaque fois la même question revient: l'accident aurait il pu être évité ? Oui. Dans ces quatre cas, il aurait fallu que la victime respecte la loi du chemin de fer: un piéton ne gagne jamais contre un train. Il aurait suffit de respecter l'interdit. Il est interdit d'être imprudent, ou inconscient. La SNCF fait de la prévention et martèle régulièrement les règles de bonne conduite aux abords de la voie ferrée.

Nous rappelons d'abord que l'accès aux emprises est interdite à toute personne étrangère au service ou non habilitée. Le "public" doit donc emprunter les accès aménagés destinés, dans certaines gares ou haltes, à traverser les voies. Soit un passage souterrain, une passerelle, un pont routier ou un passage planchéié. Dans ce dernier cas, en dehors des lignes sur lesquelles les trains circulent en marche à vue à l'abord des dits passages, le passage est équipé de pictogrammes. Lorsque celui ci clignote en rouge, il est interdit, quelle que soit la raison, de traverser les voies. De même qu'il est interdit de le faire hors de ces passages, que ce soit en gare ou en pleine ligne. Certaines gares ou haltes, comme Nouan le Fuzelier, ne disposent que d'un passage à niveau pour rejoindre un quai ou l'autre. Les passages à niveau ne doivent en aucun cas être traversés lorsque les barrières sont baissées ou lorsque la sonnerie retentit. C'est interdit. La règle est la même que le passage à niveau soit à l'abord d'une gare ou en pleine ligne. Concernant les passages non protégés, situés sur des chemins communaux, une pancarte S oblige le conducteur à siffler à l'approche. Il convient donc d'être à l'écoute et d'être vigilant, de regarder à droite et à gauche avant de s''engager.

Le public doit attendre le train à une distance éloignée du bord du quai et ne doit s'en approcher que lorsque le train est à quai. Pendant que nous y sommes, nous rappelons que l'accès au train se fait seulement du côté quai. Idem pour la descente. Descendre en pleine voie est interdit car c'est dangereux. Et nous rebondissons le mot interdit. Si c'est interdit, ce n'est pas pour vous embêter messieurs dames. C'est parce que c'est dangereux pour vous. Idem, il est interdit de faire du vélo, de la trottinette ou du roller sur les quais. Encore moins de la mobylette ou de la moto, voire même du quad.

Dernier cas, plus effrayant: les trompe la mort. Ce jeu, totalement débile, consiste à se mettre sur les voies à l'approche d'un train et à se retirer qu'au dernier moment. Ce comportement est, lui, incurable.

Quand l'insolence rejoint l'inconscience

Nous ne disons pas que les victimes des accidents cités ci dessus ont, auparavant, été rappelées à l'ordre pour leur comportement inconscient. Nous ne pouvons pas le savoir. Mais il y'a une vérité, une réalité bien ancrée: l'insolence rejoint souvent l'inconscience. Une partie de la population pense que l'interdit est fait pour les embêter. Et vous avez été nombreux à nous en témoigner, aussi bien cheminots qu'usagers. 
Dans la norme, un cheminot constatant une prise de risque ou un risque d'accident par comportement imprudent ou inconscient doit avertir le sujet se mettant en danger et le rappeler à l'ordre. Les agents assermentés peuvent verbaliser le comportement fautif. Plus encore. Le fait de pénétrer dans les emprises sans autorisation est passible de 6 mois de prison et 3750€ d'amende. Dans le règlement, un agent de conduite doit siffler si il voit une ou des personne(s) traversant les voies,  ou trop proche du bord du quai. Il s'agit d'éviter l'accident en avertissant la, ou les, personne(s) du danger.

Un agent de circulation dit: "Je me rappelle d'une nana, lors d'un croisement sur Voie Unique. Le train était à 100 mètres voire un peu plus. Elle a traversé le passage planchéié" Le train siffle, il en fait de même. Il la rappelle sèchement à l'ordre en lui disant "au mieux c'est la mort qui l'attendait". Sur ces mots, elle répond: "Je suis grande, je sais juger la distance". Non. Personne n'est apte à juger le rapport vitesse / distance d'un train. 

Un agent de conduite Breton nous dit: "L'autre jour j'en ai un qui a fait traverser sa femme devant mon train alors que j'arrivais en gare à 60 kmh environ, j'ai sifflé et lui ai fait des signes mais il m'a répondu d'un regard et signe de tête genre quoi qu'est ce que tu as crétin de cheminot ?!. Il pensait sans doute que je peux m'arrêter comme en voiture. Un jour ça sera fin de la partie pour lui malheureusement s'il pense toujours ça"

Un autre agent de conduite dit: "Je dis toujours à ceux que je vois traverser les voies que ce qui les attend c'est la caisse en sapin ! En general ils s'en branlent comme il faut et te rient au nez. S'ils savaient réellement ce que ça fait ils n'auraient pas ces comportements !"

Un agent d'escale Rennais témoigne: "Quand quelqu'un traverse les voies et que je le rappelle à l'ordre, je sais qu'une fois sur deux c'est un doigt d'honneur, une insulte ou un ta gueule. Ils ne comprennent rien, ils vivent dans un monde virtuel. Mais la SNCF c'est pas Play Station, on a pas une nouvelle vie quand on en perd une

Un lecteur, dont nous n'avons pas le métier, commente: "Un collègue à l'arrêt sifflait suite à la traversée de voie d'un papy, qui s'est retourné pour faire un doigt d'honneur mais manque de chance pour lui, le collègue tentait de le prévenir car il apercevait le croiseur arriver" La personne âgée est décédée, heurtée par le train tout en faisant un doigt d'honneur à celui qui a tenté de lui sauver la vie. 

Une usagère dit: "Gare de Tende, nous somme voie 1 le train arrive et il est sur la voie 2. Nous nous dirigeons vers le passage plancher pour attendre, la personne devant nous traverse en vitesse , à 3 métres du train , j'attends et traverse quand le train s'est correctement arrêté je retrouve l'inconsciente et lui dit que c'était hyper dangereux ce qu'elle a fait. Elle se fache car elle prend le train tous les jours et sait où il stoppera! Sur cette période durant deux mois le même conducteur qui stoppait avant le plancher. La semaine d'après c'était un autre qui stoppait après"

"Je suis conducteur, et je dis plus rien. Marre de me battre avec des ânes qui se croient supérieurs aux autres. Quand un accident arrive, certes c’est dramatique, mais ils le cherchent aussi. Comme on dit: sélection naturelle. Il y a une phrase que j’aime bien sortir quand j’ai l’occasion: vaut mieux arriver en retard qu’en corbillard"", dit un autre lecteur.

Certains poussent le vice encore plus loin. Une agent commerciale en gare, effectuant également de l'escale, dit avoir signalé à une famille qu'elle était trop proche du bord du quai alors qu'un TER arrivait. "Le père s'est retourné et m'a dit si le train nous happe, la famille portera plainte contre la SNCF. Le conducteur a sifflé, il a fait un doigt. Suite à quoi, le contrôleur a été mis au courant. Le conducteur est descendu et a dit la prochaine fois vous finissez en purée. Ca les a choqué mais au moins ils ont compris
Un agent commercial exerçant en guichet dit: "Un jour, un couple vient au guichet avec leur fils de 15 ans. La veille, un ASCT l'avait verbalisé car il avait traversé les voies. Ils ne sont pas venus pour payer, mais pour protester car, pour eux, c'était pas normal que leur fils, un saint, reçoive un PV pour ça. Ils ont dit que personne à la SNCF ne devait donner de leçons à leur fils. Agacé par cette irresponsabilité, j'ai craqué et j'ai dit écoutez, entre payer le PV ou payer des obsèques à votre fils, vous préférez quoi ? Et la, ils sont partis en colère. Lui est revenu payer le PV quelques heures plus tard en disant que l'affaire était close. Je me suis abstenu de commenter l'éducation qu'il donne à son fils...
"Je me suis fait caillasser par une mère de famille à Juvisy après avoir sifflé. Elle traversait juste devant mon train au début du quai, j'arrivais à 70 km/h et elle a traversé avec ses deux enfants. Mes coups de sifflet ne lui ont pas plu et elle est descendue pour ramasser du ballast et le lancer sur la rame en m'insultant", dit un ADC RER.

"Combien de fois me suis-je fait insulter pour avoir dit à des jeunes ou moins jeunes qu'on ne traverse pas les voies ?
" nous dit un chef de service voyageurs Grenoblois. "Je ne les compte plus et à Grenoble, peut être pas plus qu'ailleurs, ça arrive souvent. Ils le font pour nous faire chier mais nous, ce qui nous fait chier, c'est si ça tape. Qu'ils se fassent tuer moi je m'en fous, c'est la suite qui m'importe le plus. La gestion de la situation, qui est difficile, mais sans compassion pour les victimes. J'ai été insulté je ne sais combien de fois et j'ai déposé plainte trois fois pour ces faits

Dans vos réactions et témoignages, nous avons pèle mêle des situations de personnes qui traversent pour ne pas rater leur train. Pour provoquer. Pour tromper la mort. "Ils se sentent invincibles", dit une ASCT Nîmoise. "Pour eux, comme c'est la SNCF, ils ont tous les droits mais le train, lui, s'en fout. Si il les percute, ils sont morts", dit un agent de conduite. "Une collègue s'est reçue un coup de poing au visage de la part d'un jeune à qui elle venait de dire qu'on ne traverse pas les voies", raconte un agent d'escale Toulousain. "Et une autre fois, un homme d'affaires a traversé deux voies pour prendre un TER pour Carcassonne. Son TGV était arrivé en retard, il m'a dit j'ai droit de traverser les voies car le TGV était en retard et je n'ai pas envie de rater le TER" 

Autre situation rapportée, en gare de Montpellier. Un homme d'une quarantaine d'années téléphone juste au bord du quai. Un train Fret arrive sans arrêt prévu en gare. Un agent d'escale et un ASCT lui signalent le danger. Il se retourne mais ignore. Le train Fret arrive et siffle. Les deux cheminots lui crient dessus. "Il s'est éloigné et a dit que nous sommes des petits agents SNCF de merde, qu'on avait rien à lui dire, qu'il est grand, que nous quand on fait grève faut rien nous dire et donc, on devait se taire. Je me suis énervé et je l'ai pourri sur place. On s'est criés dessus pendant 5 minutes. Il est parti en disant qu'il se plaindrait" raconte l'ASCT. Le rapport avec la grève est tout trouvé. Cet homme se nourrit des inepties amassées dans les médias.

Conclusions

On le dit souvent. Ils se croient tout coups permis parce que c'est la SNCF. Tout leur est dû, qu'ils aient payé un billet de train ou non. "Pour eux, les cheminots sont nuls et n'ont pas à donner de leçons aux autres", observe un agent caténaire Messin. Exact. Pour eux, la SNCF et les cheminots ne sont bons qu'à être bashés par les médias. Les médias discréditent les cheminots et engendre ces situations dans lesquelles le cheminot n'a qu'un doit: se taire. Or, même si ça ne plaît pas aux gens, les cheminots ont un pouvoir, une autorité limitée à l'environnement ferroviaire. 

Quel comportement adopter ? Nous savons que l'accident de personne est une crainte majeure des cheminots. Il n'est pas sans conséquences sur le psychisme. Nous savons aussi que, si un accident arrive qu'il y'a un cheminot en service et habilité présent dans le "coin", le cheminot risque d'être poursuivi si il n'a pas averti du danger. Pour autant, ne vous exposez pas en faisant la morale aux imprudents. Vous risquez l'insulte, les menaces ou les coups qui sont peut être aussi traumatisants que l'accident de personne en lui même. La bêtise humaine et la lobotomie sont incurables. Exercez vos missions, signalez le danger si vous êtes habilités. Et si accident de personne il y'a, faites vous prendre en charge dans les plus brefs délais par la cellule de soutien psychologique de la SNCF. 

Posté par MLCVR à 18:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

03 septembre 2018

Oh oui ! Vivement la privatisation !

Quoi ? On est tombés sur la tête ! On souhaite la privatisation. Attendez, on fait même pire: on souhaite la concurrence. Oui, vivement la privatisation et vivement la concurrence ! La solution miracle à tous les problèmes du réseau ferré. Grâce à la privatisation et à la concurrence, fini les trains en pannes, les orages, la neige et les dramatiques accidents de personne. Les trains privés, disons le, qui circulent déjà en France, sont protégés par le monde merveilleux des Bisounours. Allez, redevenons sérieux et parlons de ces expressions utilisées à tort et à travers depuis quelques années par une partie des Français, qu'on appellera maintenant les VLP VLC (abréviations de Vivement La Privatisation et Vivement La Concurrence) L'article s'y consacre entièrement et les met à l'honneur. Après avoir replanté le contexte, nous citerons des exemples parfois croustillants, que vous nous avez livré. Nous ferons ensuite une petite analyse du profil des personnes qui utilisent VLC VLP et expliquerons pourquoi ce terme est utilisé.

Samedi, nous avons partagé, avec son accord, le mail qu'un ASCT de Paris Austerlitz nous a envoyé. Un passager en panne de papier toilettes a souhaité la privatisation. Suite à quoi, nous vous avons demandé de nous raconter vos expériences avec des VLP VLC. Nous avons reçu certaines anecdotes qui ne nous étonnent pas malgré leur absurdité. D'autres sont plus croustillantes que les autres. Vous allez peut être vous surprendre à sourire ou à rire. On ne peut faire un classement ou un top 5, ni même un top 10. Alors voila, dans un désordre organisé, les VLP et VLC que vous nous avez raconté. Pour des raisons évidentes de temps de lecture, les récits ont été tronqués. 

Un ASCT Strasbourgeois exerçant dans un TGV SNCF a contrôlé un passager muni d'un billet valable dans un train de la DB entre Strasbourg et Paris Est. Il a procédé à la régularisation du passager qui a dit vivement la concurrence. Évidemment, même si il existe un partenariat entre la SNCF et la DB, le principe consistant à faire circuler un train de la DB sur une relation également desservie par la SNCF s'appelle concurrence. Même cas de figure avec un ASCT Parisien qui nous raconte avoir eu quatre passagers avec un billet Thello dans un TGV Paris Nice, entre les gares de Toulon et Nice. Leur train Thello Marseille MIlan ayant été supprimé, ce couple de Toulonnais et leurs adolescents n'ont pas trouvé mieux à faire que d'emprunter le premier train SNCF venu pour aller jusqu'à Nice. L'ASCT leur fait payer un tarif contrôle, et l'homme s'emporte et a dit "vivement la concurrence" On est bien d'accord, Thello est un concurrent de la SNCF. Il n'est pas permis d'emprunter un train SNCF avec un billet Thello tout comme il n'est pas permis de le faire avec un billet de la DB. La réaction de cet homme a fait, après coup, sourire notre ASCT.

Dans le même registre, un agent commercial gare de la région Lilloise nous raconte avoir eu un usager venu se faire rembourser un billet acheté sur Trainline. Le système d'après vente des billets d'agence ne permet pas d'obtenir un remboursement auprès de la SNCF, mais seulement auprès du distributeur, dans ce cas, Trainline. Mécontent de ne pouvoir se faire rembourser, ce client Trainline a dit "vivement la concurrence" alors qu'il a fait le choix d'acheter son billet sur un canal de vente concurrent à la SNCF. Même quand ils l'ont, ils la réclament, la concurrence.

Restons en gare mais changeons de contexte. Un agent circulation nous raconte qu'un après midi, dans une gare origine en voie unique, le dernier train pour Paris est annoncé "avec environ 10 minute de retard. Coup de chance celui ci est prêt au départ avec seulement 5 minutes de retard" Il s’empresse de l’expédier. Mais une famille attendait le train dans le bâtiment voyageurs avec 10 minutes de retard. Persuadée que le train était parti en avance, la mère de famille a dit "vivement la concurrence eux au moins ils feront attendre les trains" Il faut reconnaître que le train était annoncé avec 10 minutes de retard, mais qu'il est parti avec seulement 5 minutes. 

Une ex ASCT nous dit avoir eu "vivement la concurrence, le TGV sera moins cher" On a l'exemple du contraire avec une flambée des prix en vue d'un alignement sur les tarifs pratiqués par la concurrence. Une ASCT de Paris Nord témoigne: "J'ai eu le droit à vivement la privatisation car j'ai du condamner une voiture d'un corail" Une mesure qu'elle a du prendre suite à une panne de lumière, de climatisation mais surtout une panne de la fermeture automatique des portes. 

Un de nos lecteurs dit: "j’ai déjà lu du vivement la concurrence parce que les cheminots de la SNCF sont des feignants toujours en grève, ce à quoi j’avais fait remarquer que c’est en période de grève que l’on se rend compte qu’il circule des milliers de trains chaque jour normal..." Le droit de grève existe aussi dans le privé. En France, les salariés des compagnies ECR et Colas Rail ont déjà fait grève. Idem pour Thello. L'Allemagne et l'Anglettere, symboles Européens du rail privatisé, ont récemment connu des grèves difficiles dans les transports ferroviaires. Privés.

Un agent d'escale de Paris Gare de Lyon, lui, nous dit: "Une femme s'est mise en colère parce que les toilettes de la gare coûtent cher, je crois 0€70 cts, et il y'a une longue file d'attente. J'ai expliqué que les toilettes sont gérés par une entreprise privée. Malgré cette explication, elle m'a dit vivement la privatisation. Je n'ai pas cherché à aller plus loin dans le dialogue avec cette femme, son cerveau est tué par les médias" Autre exemple similaire, une ASCT a eu "vivement la privatisation" car il n'y avait pas de bar dans le TGV. Le bar est géré par un prestataire privé et n'est pas proposé sur des trajets inférieurs à 2h pour des raisons logistiques.

Un ADC de la région PACA nous écrit: "Lors d’un orage la foudre s’est abattue sur un transformateur électrique qui pendant 2 heures empêche tous les trains entre Miramas et Marseille via Rognac. J’effectuais un train entre Miramas et Marseille mais via la cote bleue donc je mets plus 1h30 au lieu de 45 mn pour aller à Marseille. Une personne risquant de rater son avion m’explique «  vivement la concurrence », ça marchera mieux que maintenant" La concurrence aura t'elle le pouvoir de dévier la foudre des installations ferroviaires ? Toujours dans le domaine de la météo, un agent en vente à Lyon Part Dieu nous dit avoir eu foison de vivement la concurrence et la privatisation lors de perturbations dues à la neige ou à l'orage. 
Une agent d'escale a eu un "vivement la privatisation" de la part de deux mamies attendant en gare leur petit fils un jeudi soir alors que celui ci arrivait que le lendemain. La privatisation leur apprendra certainement à lire un calendrier !

L'agent d'escale de Paris Gare de Lyon nous raconte aussi que les filtrages sont l'occasion d'entendre maintes fois vivement la concurrence ou la privatisation. "Les gens ne comprennent pas que la SNCF s'adapte au marché, et une de ces adaptations, c'est de filtrer les trains. Dans un futur proche, et on a déjà ça à PLY avec Thello, les gares seront utilisées par plusieurs opérateurs ferroviaires. Les quais seront répartis par opérateurs ou par créneaux horaires. Il faudra aussi veiller à ce que chaque voyageur utilise la bonne compagnie. Mais, plus simplement, la SNCF veut éradiquer la fraude pure et dure à bord des trains en supprimant le risque qu'un passager monte sans billet. C'est aussi une mesure de sûreté et de lutte contre le terrorisme. Et enfin, autoriser l'accès aux quais aux seules personnes voyageant à bord du train permet d'éviter qu'une personne qui accompagne monte dans le train. Et on connaît le risque ! La personne accompagnant part avec le train et tire le signal d'alarme, ce qui retarde au moins un train, celui qui a son signal d'alarme tiré, si ce n'est pas plusieurs trains selon la position du train sur les voies. Et l'un des reproches que les gens font, ce sont les trains en retard" Des explications que nous approuvons. D'ailleurs, est-ce que malgré l'existence flagrante d'une concurrence dans l'aérien les compagnies aériennes permettent aux personnes accompagnant leurs clients de monter dans l'avion ? La réponse est non, bien évidemment. 

Un autre agent d'escale a eu droit à "Vivement la concurrence, les trains rouleront à l'heure car ils auront leurs propres voies" On voit que les adeptes de VLP VLC ne sont pas au courant des modalités d'arrivée de la concurrence ou de la privatisation. Un vendeur fermant son guichet de gare de campagne à 16h a eu vivement la privatisation de la part d'un homme qui voulait acheter un billet. La SNCF se privatise et s'adapte en réduisant les horaires d'ouverture des gares. Cela permet de supprimer du personnel et donc, de faire des économies.

Plus brièvement, une ASCT Lyonnaise dit: "je verbalisais un voyageur sans titre de transport quand celui ci s'écrie vivement la concurrence. Sur quoi je lui demande si la concurrence laissera les personnes voyager sans billet. Et la, avec un aplomb surprenant, il me dit que le train sera gratuit !" Un ASCT Niçois, lui, a eu le droit à vivement la privatisation dans le cadre d'un retard de train suite accident de personne. Même comportement rapporté par un agent d'escale Rochelais. "Un train avait heurté une personne vers Niort et une dame s'est énervée et a dit vivement la privatisation, les trains privés ne renversent pas les gens eux !" Chose évidemment totalement fausse, les trains privés tels qu'ECR, Véolia ou Colas Rail ne sont pas épargnés par les accidents de personne. Un agent commercial gare de la région Parisienne a eu un VLP de la part d'un homme qui venait pour se faire rembourser un billet TGV daté de l'avant veille, chose bien sur impossible. 

Finissons avec des VLP VLC plus virulents. Un conducteur d'Achères dit "une furie m'a dit que la privatisation immédiate de la SNCF et le licenciement de tous les agents SNCF dés demain sera la solution pour ne plus qu'il y'ait de retard"  Un agent d'escale de Toulon rapporte avoir eu "Il est temps que la SNCF soit privatisée et remplacée par une entreprise Anglaise ou Américaine qui saura faire rouler les trains. C'était suite à l'incendie d'Aubagne qui a durement touché la ligne Toulon Marseille en août 2017" Et enfin, un ASCT Rouennais dit: "Deux jeunes filles m'ont assuré qu'avec la privatisation les passagers pourront fumer dans les trains. Je venais de les verbaliser pour cette infraction. Je me suis mis à rire devant elles. Elles ont du comprendre qu'elles disaient une grosse bêtise !

"Vivement la privatisation c est l'argument cadeau pour tous les dysfonctionnements qu'ils soient minimes ou plus importants", observe un ASCT. C'est vrai. C'est l'argument miracle, celui qui défoule. Mais
imaginez un instant que les VLP VLC descendent dans la rue manifester leur désir. Allez, disons, 1000 manifestants à Paris représentés par un porte parole brandissant le poing en l'air derrière de grandes banderoles VIVEMENT LA PRIVATISATION ! VIVEMENT LA CONCURRENCE et chantant des slogans tels que "on avance avec la concurrence" ou "avec la privatisation fini la régression" Non, c'est utopique. Les VLP VLC n'assument pas leurs désirs. Pourquoi ? Parce que outre le fait qu'ils répètent simplement un discours que les médias, au sens large du terme, leur ont appris, ils ne croient pas en ce qu'ils disent. En fait, c'est simple. Chaque exemple démontre que le VLP / VLC est prononcé après une frustration. Normal diriez vous. Sauf que c'est loin d'être la manière la plus intelligente de réagir pour les raisons que l'on sait, et qu'on ne vous apprend pas. C'est à dire que la privatisation et la concurrence sont à l'essence même des problèmes qui les conduisent à prononcer ces expressions. Le Sortir VLP ou VLC n'arrange pas la situation et ne règle pas le problème. Ce n'est pas en disant VLP ou VLC que le train sera à l'heure, ou que le billet ni échangeable et ni remboursable sera remboursé, pour reprendre un exemple vécu par notre chroniqueur Thomas. Dire vivement la privatisation permet, au frustré, de soulager une partie de sa peine. C'est aussi l'ultime moyen de ne pas assumer ses torts et de rester fier. Par exemple, une personne en fraude qui dira vivement la privatisation en se faisant verbaliser souhaite garder sa dignité et avoir le dernier mot. Ils cherchent aussi à blesser le cheminot qui, pour eux, leur fait du mal. Cette phrase est utilisée comme une arme.

Alors, comment réagir face à un VLP ou un VLC ? "A ce genre de situation je répond que c'est justement parce qu'on est en voie de privatisation qu'il y a de plus en plus de problème", nous dit un ADC de la région PACA. "Il m'arrive de pouvoir entamer un dialogue avec des gens qui me disent vivement la privatisation", dit un chef de service voyageurs Nantais "J'arrive parfois à leur expliquer que justement, le gouvernement réforme la SNCF pour la privatiser et l'ouvrir à la concurrence et que la politique interne va dans le sens du privé" L'autre solution, c'est de rentrer dans leur jeu. Souriez, et dites "oui, vivement la privatisation", ou vivement la concurrence. Et ne rajoutez rien ! La personne comprendra d'elle même l'absurdité de ses propos. 

En conclusion, la privatisation, ils la veulent ? Ils l'ont ! Ils la réclament mais la protestent. Idem pour la concurrence. Les VLP VLC ne savent pas ce qu'ils veulent. A méditer.

Posté par MLCVR à 23:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

[TEMOIGNAGE] : « Les gens se croient réellement tout coups permis et pensent que nous ne sommes que de petits pions »

Ce témoignage a été livré fin 2015 par une cheminote à "Stop aux agressions", ancien collectif de cheminots dénonçant les agressions de cheminots. Nous le retranscrivons et le publions avec l'accord de notre collègue, que nous avons pu joindre en fin de semaine dernière et qui nous a donné de ses nouvelles.

Notre collègue, ancienne agent d'escale, raconte sa descente aux enfers à l'escale d'une grande gare Parisienne. Une descente aux enfers sur fond de romantisme avec de multiples rebondissements. Son témoignage est à la fois poignant et enrichissant. Bonne lecture.

Mélanie * a été embauchée au milieu des années 2000. « J’étais vraiment heureuse en signant mon contrat. Je me disais ça y’est, j’ai signé pour un nouveau train de vie » Mélanie * avait alors à peine 20 ans. « Le premier jour où j’ai travaillé en gare, j’étais sur un petit nuage. Je me sentais réellement utile à tous ces gens qui arrivaient, qui partaient, qui étaient en transit à Paris et qui avaient une correspondance RER ou grande lignes dans une autre gare Parisienne. Je prenais plaisir à répondre à leurs questions et à les rassurer. Je prenais le temps qu’il fallait pour les accompagner, je mettais beaucoup de cœur dans ce que je faisais » Quelques mois après son premier jour, Mélanie * recueille un jeune agent de conduite grande lignes qui venait de se casser une cheville en descendant de motrice. « Je l’ai aidé à se redresser sur le quai et je suis restée à côté de lui le temps que les pompiers arrivent. J’ai senti qu’il se passait quelque chose entre nous » 

Quelques semaines plus tard, Mélanie * revoit ce conducteur qui venait de reprendre le travail. Ils échangent quelques paroles. Et plus encore. « Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois en dehors du travail, quand il était en RHR à Paris ou quand je pouvais aller le voir chez lui, dans sa région. Et puis au bout de 2 mois, il m’a dit je t’aime. J’ai répondu moi aussi » Mélanie * vit alors un vrai comte de fée. Un nouvel emploi, un petit ami qui la rend heureuse…Tout était si merveilleux qu’il était difficile de croire que les choses allaient prendre une autre tournure. Les 12 premiers mois, Mélanie * arrive à encaisser l’agressivité des gens ainsi que les incivilités. « Je leur pardonnais tout. Un propos déplacé, une personne mécontente, pour moi, c’était normal. Je me disais qu’ils avaient raison et qu’ils devaient être tellement angoissés qu’il fallait bien qu’ils évacuent un peu. J’entendais souvent des collègues plus anciens dire qu’ils en avaient ras le bol et qu’ils voulaient partir. Mais moi, à ce moment la, je ne les comprenais pas » Un jour, un de ses collègues se reçoit un coup de tête lors d’une phase accueil TGV. Témoin de la scène, Mélanie * commence alors à prendre conscience que le métier n’est pas tout rose.

Trois mois plus tard, alors qu’elle était enceinte de son premier enfant – qu’elle a eu avec l’agent de conduite - , Mélanie * subit sa première agression de trop. C’était un soir d’été à la fin des années 2000. Un train Corail part. A peine avait il parcouru quelques mètres à faible allure qu’un homme court et se rue sur le marchepied de queue en prenant un risque énorme, celui d’être déséquilibré et de se faire happer par un essieu. Mélanie * et son collègue crient, l’agent expédition fait arrêter le train et tous trois se dirigent vers cet homme très en colère. « Il criait qu’il ratait son train, qu’il fallait absolument qu’il arrive à (…) le soir, qu’on avait rien à lui dire et que nous étions que des petits cheminots de merde » Les deux ASCT, qui avaient rejoint les agents d’escale, essuient à leur tour une série d’insultes et de menaces. Au bout de deux minutes, l’individu âgé d’une trentaine d’années commence à s’en prendre particulièrement à Mélanie * « Il m’a regardé fixement et m’a pointé du doigt en me traitant de grosse salope d’autres insultes adressées à moi. Il était tenu à distance par mes collègues. J’étais figée sur place, je ne comprenais pas pourquoi cet homme était si virulent. La SUGE est arrivée en courant à ce moment la. En les voyant arriver, il s’est élancé. Pris par surprise, mes collègues l’ont retenu mais pas suffisamment à temps. Il m’a mis une énorme claque à la joue droite » La SUGE prend alors le relais, éloignant Mélanie * et menotte au sol l’agresseur. Les services de police viennent le récupérer pour le placer en garde à vue.

Les deux ASCT sont repartis avec leur train en déclarant déposer plainte à leur arrivée au terminus, (…). Un dirigeant d’escale, arrivé sur les lieux peu après la SUGE, prend les trois agents de quai à part.  « Il m’a clairement dit tu ne vas quand même pas déposer plainte pour une simple claque ! » Une simple claque accompagnée de simples menaces. A écouter cette dirigeante, il s’agissait d’une simple agression. Une manière de minimiser quelque chose de grave et de dissuader les agents de déposer plainte. Histoire de faire baisser les statistiques. Mélanie * a eu l’autorisation de rentrer chez elle plus tôt en contrepartie de son silence. C’est totalement anéantie, vidée qu’elle arrive dans l’appartement où elle était seule ce soir la, son petit ami étant en découché à 200 kms de Paris. « Je l’ai appelé et j’ai vidé mes larmes. Je lui ai tout dit, tout expliqué. Il était scandalisé par l’attitude de la direction suite à mon agression. Il m’a passé un ASCT, qui était en RHR avec lui, au téléphone. L’ASCT m’a expliqué ce que je devais faire tout de suite » En raccrochant, Mélanie * appelle donc le numéro de l’astreinte de son escale. Le cadre d’astreinte lui demande alors d’attendre sagement le lendemain pour prendre une décision. Mais Mélanie * était vraiment très mal. Elle finit par se faire conduire aux urgences par une de ses amies d’enfance. « A l’hôpital les soignants étaient scandalisés que je n’ai pas été accompagnée plus tôt par mon encadrement. Le cadre d’astreinte a été obligé de venir me rejoindre aux urgences, où il m’a reproché de ne pas l’avoir prévenu plus tôt ! » Une mauvaise foi incommensurable et réellement insupportable pour la jeune femme. Au petit matin, elle est accompagnée pour le dépôt de plainte. Elle revient aux urgences et se fait prescrire 5 jours d’ITT. « Le dirigeant d’astreinte est tombé des nues en lisant le nombre de jours d’ITT. Pour lui, ça ne méritait pas autant de jours»

A ces 5 jours, Mélanie * a bénéficié de 15 jours d’accident du travail, prolongés une fois pour une durée égale. Soit, au total, 30 jours d’arrêt, tous reconnus accident du travail par la CPR. Son agresseur à été condamné à 5 mois de prison ferme et a versé 450€ de dommages et intérêts à Mélanie *. 
La jeune femme retourne travailler à l’issue de son arrêt. Il lui restait deux mois à faire avant son congé maternité. Totalement dégoutée par l’attitude de la direction, elle était partagée au sujet de son métier. Un coup elle réussissait à trouver un sens à son métier, un coup elle voulait tout arrêter. A l’issue de chaque journée travaillée, elle pesait le pour et le contre. « J’arrivais encore à supporter les gens, mais c’était limite. Je ne pouvais plus excuser leurs coups de gueule et leur manière de venir se défouler sur nous et j’ai vraiment constaté que tout, absolument tout était un prétexte pour nous crier dessus. Escalator en panne, poubelle remplie, sol mouillé. Mais aussi, manque de place sur les parkings de la gare, objets oubliés dans un train et non retrouvés, file d’attente trop longue aux guichets.. »

Quelques jours avant son départ en congé maternité, Mélanie * se fait insulter. « J’étais à la bulle accueil, je renseignais une  femme quand d’un coup, un homme arrive et la bouscule pour me demander en criant pourquoi son train était toujours pas affiché » La cheminote lui demande d’attendre son tour car elle finissait de renseigner une autre personne. « Et la, il m’a insulté de connasse, de bonne à rien et de pute. Il m’a menacé de mort et m’a dit que j’allais regretter de ne pas avoir répondu à sa question. Là encore je n’ai pas compris son attitude » Un agent de sécurité appréhende rapidement le grossier personnage. Mélanie * fait rapidement appel à son chef et exige une prise en charge et un dépôt de plainte immédiat. Les services de police viennent interpeller l’homme, un ouvrier en métallurgie âgé de 42 ans et Mélanie * se fait accompagner au commissariat pour déposer plainte. L’agresseur a été condamné à 2 mois de prison avec sursis et 200€ d’amende.

Au terme de 8 mois de congé maternité, Mélanie * revient travailler en espérant repartir sur de bonnes bases. « J’étais heureuse de revenir au travail et je savais qu’à chaque fin de journée, je retrouverais mon petit Julian » Mais la jeune femme revient rapidement dans la réalité, triste réalité. « J’ai fait face à tous types de propos. Par exemple une fois, un homme en costume cravate, arrivé avec un TGV retardé de 1h30. Il vient à l’accueil et exige un billet d’avion pour partir sur Madrid. Ce qui était à la fois impossible et disproportionné. Il m’a traité d’incompétente et à prétendu qu’un seul appel suffirait à mettre fin à ma carrière » Elle prend conscience que les agresseurs n’ont pas de profil particulier.

Quelques semaines plus tard, c’est un adolescent de 14 ans, à qui elle demandait simplement de se retirer de devant la porte d’accès à l’escale, qui l’insulte de tous les noms en prétendant qu’elle n’avait pas le droit de lui donner d’ordres. Cette fois ci, Mélanie * hausse aussi le ton. « Je lui ai fait remarquer que je lui demandais simplement de ne pas gêner l’accès à des locaux de service » Finalement, c’est un autre agent d’escale qui intervient, qui prend le sac de voyage du jeune homme, qui le jette plus loin et qui fait rentrer Mélanie * en refermant la porte au nez de l’adolescent.

Une autre fois, la jeune femme se trouve sur le quai d’arrivée d’un train retardé de 3h30 suite à un dramatique événement. « La, j’ai tout entendu. Un concentré de choses inadmissibles et d’insultes dans un contexte dramatique. J’ai fait face à un flot d’égoïsme et de bêtise des gens » Plusieurs passagers lui demandent une enveloppe de remboursement. Le motif du retard ne rentrait pas dans la réglementation européenne en matière de dédommagement des usagers des transports grande distance retardés (ndlr : la G30 ne s’appliquait pas systématiquement à l’époque). Ce qui a provoqué la colère de certains usagers. « De ce fait, le retard était de ma faute. J’étais une incompétente, une fainéante, une gréviste. J’en ai entendu à toutes les sauces » Plus tard dans la journée, un déséquilibré poursuit Mélanie * dans la gare et la bouscule à plusieurs reprises. La SUGE finira par le faire sortir de la gare avant qu’il ne revienne et qu’il agresse physiquement un autre agent, à savoir un ASCT. Quelques semaines plus tard, Mélanie * remarque des changements en elle. « Ma motivation était remplacée par des angoisses en allant travailler, et au travail » La veille du constat de ce changement, la jeune agent avait en effet rappelé à l’ordre un homme qui faisait du vélo sur le quai. Celui-ci avait répondu une insulte sans s’arrêter. « Je ne voulais plus intervenir, plus rien dire, plus faire la police, en quelques sortes. Je ne voulais plus faire mon travail correctement. Ou plutôt non. Je voulais le faire, mais je ne pouvais plus le faire. Je n’avais plus d’autorité, les gens se croient réellement tout coups permis et pensent que nous ne sommes que de petits pions de cour de collège sans aucun droits » Et quelques mois plus tard, quelques jours avant Noël, Mélanie * a subi sa seconde agression de trop.

C'était au cours d'une situation perturbée. Elle était, avec trois autres agents d’escale, chargée de recevoir des trains retardés de plusieurs heures. Lors du second accueil de naufragés du rail, un petit attroupement se forme autour d’elle. Il s’agissait de personnes ayant des correspondances grande ligne dans d’autres gares de Paris. Mélanie * les invite à se rendre directement à la bulle accueil pour bénéficier d’une prise en charge adaptée. « Déjà, une femme a exigé une réponse immédiate de ma part, estimant ne pas avoir à se déplacer pour avoir d’autres informations. Je l’ai ignorée et je suis partie vers l’accueil. J’ai entendu des personnes crier. Ils venaient d’apprendre qu’ils resteraient sur Paris, répartis sur des hôtels près de la gare, pour la nuit. La tension est montée d’un cran. Le chef d’escale a demandé à la patrouille SUGE de venir sur place »  Mais là encore, les agents ne sont pas arrivés à temps. Un jeune homme de 20 ans, très excédé, s’en est directement pris à Mélanie * qui n’était pas encore rentrée dans la bulle accueil. Il l’attrape par le col et la traite de tous les noms avant de la pousser au sol. Mais Mélanie * retombe mal. Là encore, la SUGE interpelle l’agresseur dans la foulée et le remettent à la BAC qui conduira l’agresseur en garde à vue. Rapidement, les collègues de Mélanie * exercent leur droit de retrait, laissant des centaines de passagers naufragés sans informations. « Au moins, tous ces gens ont du comprendre que nous ne sommes pas des défouloirs, ni des bons à rien inutiles et j’en passe. Et que sans nous, sans notre bienveillance et sans notre patience, ils n’étaient plus rien. Ni usagers, ni clients, rien » Une équipe de la BSPP prend en charge Mélanie * qui sera rejoint aux urgences par deux dirigeants de son établissement et son petit ami. Mélanie * a eu une fracture ouverte au coude droit et un hématome cérébral. « Ca aurait pu être pire, ma tête aurait pu heurter directement le bord de la bulle accueil » Elle se fait prescrire 15 jours d’ITT et 45 jours d’accident du travail. « Pendant ces 45 jours, personne, je dis bien personne n’a pris de mes nouvelles. Le dernier contact que j’ai eu avec la hiérarchie, c’était le lendemain matin de mon agression, à 11h, quand je suis sortie de l’hôpital. On venait de finir le dossier accident du travail. Et c’est tout. Pas un mot de soutien, rien, strictement rien » Les seuls contacts que la jeune femme aura, c’est avec le pôle juridique et l’avocat.

Son agresseur a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dans l’attente de son jugement. Un jugement qui n’est jamais arrivé. Ironie du sort, quelques mois plus tard, le jeune homme décède  « Je n’ai jamais obtenu justice et ça me manque » Car suite à son agression, Mélanie *, dont le petit Julian était âgé de 2 ans, a fait une dépression. « Je me sentais nulle. J’avais honte de ce qui m’était arrivé. Je ne voulais pas retourner en gare, j’avais peur que l’on me reconnaisse et que l’on m’identifie comme étant la petite fainéante mal aimable qui a été poussée au sol. Et puis je n’avais aucun soutien de la direction » Avec le temps et au fil des visites devant le médecin de la CPR, son accident du travail a été transformé en maladie professionnelle. Largement soutenue par son fiancé, le fameux agent de conduite dont elle est tombée folle amoureuse peu après son embauche, ainsi que par plusieurs amis cheminots du couple, Mélanie * a réussi à sortir de sa dépression au bout de 12 mois.

« J’ai réappris à vivre. J’ai appris à ne plus avoir peur dans la rue, à ne plus me sentir observée, menacée, à ne plus sursauter quand quelqu’un crie » La jeune femme a carrément suivi une thérapie, prise en charge dans le cadre de sa maladie professionnelle. Elle a également suivi des séances au pôle de soutien psychologique, toutes les semaines. Pour autant, elle ne s’est jamais sentie prête à reprendre ses missions d’agent d’escale. Juste avant l’échéance de sa reprise, elle prend son courage à deux mains. Accompagnée de son fils et de son fiancé, elle se rend au siège de son établissement. « Ce fut l’horreur. Le responsable des ressources humaines ne m’a pas reconnue. Il ne se rappelait pas de mon affaire. Ensuite, le dirigeant d’unité avait changé et n’avait rien me concernant. Son adjoint se rappelait vaguement de moi, a ressorti mon dossier en me disant qu’il pensait que j’étais partie dans un autre service. Mon chef d’équipe avait changé de poste. Mes collègues en bas, en gare, avaient quasiment tous changé. Ca, je le savais, car je suis restée en contact avec quelques uns qui sont quasiment tous partis eux aussi. Juste trois collègues m’ont reconnu. L’un pensait que j’avais démissionné » Quelques jours après, la direction reçoit Mélanie * en entretien de pré reprise. L’occasion pour elle d’annoncer sa volonté de ne pas reprendre à l’escale. La direction lui dit qu’elle doit être inapte pour qu’ils la changent de poste, et que même en étant inapte ils n’étaient pas sur de la changer de poste car il faudrait qu’elle fasse une reconversion. Puis, ils lui proposent d’aller à la vente. « Mais je savais qu’à la vente c’était pareil »

A l’issue de l’entretien, au cours duquel aucun responsable ne lui a demandé de ses nouvelles ou n’est revenu sur l’agression, rien ne lui a été proposé, à part une visite médicale le jour de sa reprise. Le médecin du travail, qui avait tout son dossier en main, la déclare définitivement inapte à toute mission de contact clientèle et ouvre ce que l’on appelle un dossier 1034, c'est-à-dire une procédure de reclassement. « Après la visite médicale, je suis allée demander à mon unité opérationnelle ce que je devais faire. Quand ils ont vu que j’étais inapte, ils m’ont dit de venir le lendemain à 9h pour rester là » Mélanie * revient donc le lendemain à 9h. Elle se fait installer un bureau de fortune dans une pièce inoccupée. Et on lui apporte une pile de dossiers à trier. Des référentiels, des documents, des notes de service… C’est avec un certain dégoût qu’elle commence sa besogne. De temps à autres, l’adjoint du dirigeant d’unité vient lui demander de faire des photocopies, d’aller apporter du courrier dans d’autres services… Rapidement, Mélanie * se sent mise à l’écart. « J’ai compris où ils voulaient en venir. Ils voulaient me faire craquer, me harceler. Je les embêtais plus qu’autre chose » Le lendemain, elle revient à son unité et se voit attribuer d’autres tâches du genre. Seule, dans son coin. Révoltée, en milieu de matinée, elle demande des précisions au responsable des ressources humaines sur l’utilisation qu’ils faisaient d’elle. « Il est allé droit au but et m’a dit que si je ne pouvais plus faire de contact clients, alors, je ne pouvais rien faire d’autre dans l’entreprise. Je suis partie en larmes » Elle rentre chez elle. 

Dans l’après midi, elle retourne à son établissement accompagnée de son fiancé. Et d’un élu du personnel. « Je n’avais jamais eu l’idée de faire appel aux élus du personnel auparavant, sachant en plus qu’aucun ne m’a soutenue, et surtout pas les élus CHSCT qui ont fait tout le contraire suite à mon agression. Mais la, on avait trouvé un bon élu. Qui a mis un gros coup de pied dans la fourmilière » Placée trois jours en arrêt maladie, Mélanie * revient le lundi suivant. Elle était inscrite à l’espace mobilité emploi, dans l’attente d’une mission. Elle annonce alors vouloir prendre une autre orientation professionnelle dans l’entreprise. Partir au service médical. Et ça tombe bien. Un cabinet médical de l’entreprise recherchait des secrétaires et infirmiers.

Mélanie a postulé à une offre de poste. Vu sa situation, elle est passée au dessus de la pile de dossiers et a été retenue. Et c’est ainsi que celle qui était si fière, si contente de travailler en gare au service des usagers est désormais secrétaire et assistante médicale à la médecine du travail. Celle qui a traversé de dures épreuves voit maintenant défiler des agents agressés ou en souffrance intense à cause de leurs conditions de travail. « Je me sens de nouveau utile et j’ai trouvé un nouvel équilibre de vie. Je travaille à 80% les lundis, mardis, jeudis et vendredis de 8h à 17h. Je peux mieux gérer ma vie personnelle. Mon fiancé est désormais devenu mon mari. C’est la seule et unique bonne chose que je retiens de mon expérience en gare. Et j’attends mon second enfant, une petite fille qui doit naitre en mars 2016 »

Merci  à Mélanie * pour la confiance qu’elle nous a accordé et pour son courage de témoigner. Un exercice qui lui fut quelque peu difficile, mais elle était soutenue par son mari, présent à ses côtés. Nous avons volontairement jeté une chape d’anonymat assez stricte autour de Mélanie * et nous vous remercions de bien vouloir respect cette volonté.

Deux ans et demi après son témoignage, nous avons pu joindre Mélanie * La jeune femme et son mari, l’agent de conduite, ainsi que leurs deux enfants ont déménagé à une heure de train Intercités de Paris, à la campagne. Lui est affecté à un nouveau dépôt. Mélanie * est toujours sur Paris. Mais elle est coordinatrice en bureau de commande du personnel au sein d’un établissement Infra. La trentenaire se dit épanouie et ne regrette pas son départ de l’escale, un milieu de plus en plus difficile à supporter pour les agents y exerçant leur métier.

Mélanie * est un prénom d’emprunt.

Posté par MLCVR à 15:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


22 juillet 2018

Etre cheminot, ou quand il est impossible de se déconnecter (seconde version)

En septembre dernier, nous avons publié et partagé un article parlant de la quasi impossibilité, pour les cheminots, de se déconnecter du monde du travail. La SNCF est un sujet d'actualité quasi récurrent et l'entourage en rajoute parfois des couches.

Nous sommes en plein été et nous avons reçu des mails de cheminots exaspérés par l'attitude d'une partie de leur entourage. En vacances en famille ou entre amis, vous faites l'objet d'échanges parfois vifs et fort déplaisants. Vous êtes dérangés par le cheminot bashing et vous avez du mal à le vivre. Nous sortons d'une période de crise sociale et médiatique sans précédents, avec des attaques parfois violentes et vous avez envie d'entendre parler d'autre chose. Nous vous proposons une nouvelle version de notre article de septembre et vous apportons quelques conseils pour parer aux débats dérangeants. Des débats qui n'ont pas leur place au beau milieu de nos vacances.

Les cheminots et la SNCF sont souvent, à tort ou à raison, au coeur de l'actualité. Une actualité régulièrement assassine. Les médias font tout pour qu'un événement même minime soit tourné en dénigrement gratuit. Et ça fonctionne. Des désoeuvrés font constamment monter la mayonnaise sur les réseaux sociaux, prenant chaque incident à pleines mains pour charger les cheminots. 

Les médias apprennent à la population Française à souhaiter la concurrence ou la privatisation. Un argument de fond  qui permet aux détracteurs d'aborder un débat à charge et infructueux. On se passerait volontiers des titres de presse souvent démesurés. Ils ont des retombées pesantes sur notre moral et notre motivation. Ces gros titres ont plusieurs origines. Nous les classons en trois catégories.

Catégorie 1: Nouveautés industrielles et commerciales.
Inaugurations de nouvelles lignes, modifications tarifaires et autres événements commerciaux (exemples Inouï, TGV Max...)

Catégorie 2: Incidents sur le réseau ferroviaire.
Incidents majeurs ou non, les médias mettent le paquet pour déformer la réalité et inciter aux attaques sur les cheminots.

Catégorie 3: Actualités sociales.
Nous sommes en plein dedans avec les suites des mouvements sociaux de ces quatre mois écoulés, les réformes annoncées par le gouvernement... 


Il est difficile pour les cheminots de couper les liens avec le travail et l'entreprise en dehors des heurs de travail. A moins d'éteindre la radio, la télé et de ne pas aller sur Internet. Et de ne voir personne, de rester cloîtré chez soi. 

Le week end de l'Ascension 2017, on s'en souvient, a été marqué par l'épisode "Inouï" Des cheminots en week end en ont entendu parler jusqu'à dans le bar de leur village isolé du pays Basque.
Ce cheminot bashing est épuisant, démotivant et en somme, démoralisant. Les médias sortent leurs brouettes de fausses vérités. Leur but: faire croire aux simples d'esprit au cerveau hypnotisé par ces pseudo journalistes et pseudo experts que nous sommes les méchants nantis ruinant un système en réalité ruiné par une politique de capitalisme. Et ça va parfois beaucoup trop loin. Parce que certains y croient, et reproduisent les propos en face, pendant notre service si l'on est en contact usagers. Ou alors les gens reproduisent les propos indirectement en nous prenant pour des coupables et des punchings-balls. Cet esprit médiatique prend totalement leur cerveau en otage. On le dit souvent, les gens, les plus faibles d'esprit, sont sous l'emprise des médias et ne sont plus capables de réfléchir par eux même. 


En dehors des médias, il y'a une autre source de cheminot bashing, qui trouve quand même sa source dans les méandres médiatiques. C'est l'entourage. La famille. Les amis même les plus anciens. Les voisins. Les parents d'éléves de l'école de nos enfants. Les fréquentations dans le cadre de nos activités sociales, culturelles et sportives. Toutes celles et ceux qui savent que nous travaillons à la SNCF. Impossible d'éviter tout le monde. Et il est difficile d'éviter une discussion sur la SNCF, sur les cheminots qui est souvent embarrassante. On avoue quand même qu'elle est parfois bienveillante, pleine d'empathie. Mais quand, au beau milieu du hall de l'immeuble ou d'un rayon du supermarché, un voisin nous alpague pour nous parler de l'actualité sociale de la SNCF. Quand, soudainement, en plein repas de famille, on nous demande les prix de billets de trains pour faire Pau / Paris telle date. Ou des informations sur des réductions. Ou quand, toujours en repas de famille, on nous parle de nos "avantages" avec dédain. C'est difficile à vivre. Le droit à la déconnexion n'est pas respecté.

Si par malheur nous avons un ami, un oncle ou un cousin journaliste, économiste ou pro libéralisme, nous sommes mal. Quand d'un coup on nous parle d'un retard de train ou que tout le monde autour de nous nous prend pour le cahier de réclamations. Quand "l'ami" dont on a pas eu de nouvelles depuis des lustres revient pour parler d'une amende reçue dans un train, ou pour demander pourquoi le train machin a eu tel retard tel jour (à l'autre bout de la France...) C'est lourd. On accepte de parler de notre métier, de notre milieu socio professionnel mais souvent, le dialogue est stérile. Car les arguments d'en face se basent sur les ramassis de stupidités médiatiques. 


Le cheminot bashing est difficile à vivre, il est épuisant. On a tous le droit d'avoir la paix. Souvent, nous avons la ferme envie de nous déconnecter en dehors du travail. Nous travaillons, pour la plupart, à la SNCF par passion. Mais ce n'est pas une raison pour nous ramener des sujets SNCF à l'emporte pièce et la moindre occasion. Nous n'avons pas réponse à tout. Nous ne sommes pas des cahiers de réclamations. Et ni des défouloirs. Nous avons le droit à la déconnexion avec notre milieu socio professionnel. 

Comment faire respecter votre droit à la déconnexion ? Première chose, que nous n'avons pas abordé avant: éteignez vos téléphones portables professionnels et ne consultez pas vos mails. N'allez pas sur Extranet. Fuyez tout ce qui est outil professionnel. Si vous êtes amenés à prendre le train, faites comme si vous étiez un simple touriste. Les cheminots se déplaçant en train font parfois l'expérience de voyager à proximité de quelqu'un qui dénigre fermement les cheminots ou la SNCF. La solution radicale est de mettre des écouteurs sur vos oreilles afin d'écouter de la musique (ou de regarder un film) 
Éloignez vous des médias. N'écoutez ou ne regardez que l'essentiel. Évitez les réseaux sociaux de cheminots, dont MLCVR. 

Si vous êtes pris pour un cahier de réclamation par un proche, renvoyez le vers le service clients adapté. Dites "je ne suis pas au travail, je n'ai pas vocation à traiter les situations liées à mon entreprise en dehors de mes horaires de service" Si vous avez le droit à la liste magique d'avantages sortant de l'immaginaire des médias, exagérez la avec auto dérision pour que votre interlocuteur comprenne qu'il se base sur des informations erronées. Si vous êtes attaqués au sujet de la grève, rappelez juste que c'est un droit constitutionnel appelé cessation concertée du travail. Indiquez qu'à notre place, les autres corporations font la même chose. Et que si les médias parlent autant des grèves de cheminots, c'est parce que quand des fainéants cessent de travailler, ça se remarque. Si justement vous êtes acculés de gentils qualificatifs comme fainéant, incompétent... Changez d'amis et de famille ! Mais dans l'immédiat, proposez à votre proche de postuler à la SNCF afin de profiter de conditions de travail idylliques en étant payé à ne rien faire. Enfin, si vous êtes attaqué sur la politique de l'entreprise (tarification, gestion des situations perturbées...) dites que vous n'êtes pas décisionnaire.

Quoi qu'il en soit, rappelez à vos proches que vous êtes en vacances et que vous voulez avoir la paix. Néanmoins, faites une exception pour vos proches qui viennent gentiment vous demander conseil sur un trajet en train ou qui cherchent vraiment à en savoir plus sur nos conditions de travail. Sans que la discussion ne dure pour autant des heures.

Posté par MLCVR à 18:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 mars 2018

Et si c'était une entourloupe ?

Par _Ben et Jérémy.

Comme nous l'avons développé dans notre précédent post, publié ICI sur notre page Facebook et morcelé sur notre précédent Tweet, un des deux préavis proposé à ce jour (on rappelle qu'une nouvelle réunion pouvant les faire évoluer se tiendra la semaine prochaine) propose une période de deux jours de grève sur cinq jours à partir du 3 avril 2018. Un calendrier de jours de grève a été établi. Ce calendrier est amplement repris par les médias qui, tout comme la direction, sont surpris par ce mode de grève. Il est évidemment, repris par la direction. En somme, il est aussi connu des usagers. Chaque partie ne cache pas ses craintes au sujet de ce préavis pour le moins plutôt original.

Pour nous, sans parti pris, cette modalité de grève est un compromis à mi chemin entre la grève carrée et la grève reconductible. La grève carrée est insuffisante. La grève reconductible par périodes de 24 heures n'a, en 2014 et 2016, pas réellement fait ses preuves. Elle s'essoufle généralement au bout de quelques jours. 

La grève de 48 heures par périodes de 120 heures est en capacité de mettre à mal le plan de transport et de perturber le service de manière durable avec des répercussions y compris sur les jours non couverts par le préavis. Aussi bien en terme de production pure, dont les mouvements de matériel roulant, qu'en terme de manières de broder le conflit social avec le préavis reconductible par périodes de 24 heures posé par Sud Rail. 

Seulement, voila. Avec ce calendrier, tout le monde à le temps de s'organiser un minimum. Surtout la direction. On peut alors penser que ce n'est pas malin de la part des OS d'avoir posé un tel préavis avec des jours donnés à l'avance et connus de tout le monde. L'autre information, c'est qu'une réunion inter fédérale se tiendra la semaine prochaine. Et les lignes pourront bouger.

Plusieurs scénarios se profilent. Et une hypothèse ressort: et si ce préavis par périodes de 2 jours sur 5 jours était une entourloupe ? Il sert à tâter le terrain, à mesurer les réactions, très contrastées, des cheminots. Il sert aussi à menacer le gouvernement et la direction, à leur mettre la pression. C'est une seconde étape, après celle du 22 mars (nb: rien ne change pour cette date, les préavis déposés et la manifestation restent d'actualité) Mais on peut se surprendre, et vous avez été plusieurs à nous donner cet avis, à penser que ce préavis est aussi une duperie, un moyen de faire diversion. Et que la prochaine réunion découlera sur une méthode de mobilisation plus radicale.

Posté par MLCVR à 11:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 février 2018

QUI SOMMES NOUS ? - V07 du 29/08/2018

QUI SOMMES NOUS ?
Médias : Les cheminots voient ROUGE

MINI LOGO

Le 06/07/2017
Version 07 du 29/08/2018

Romain, Administrateur principal, garant et fondateur de MLCVR.
Flavien, Administrateur principal, assiste ou remplace Romain, supervise la modération.
Léo, Administrateur principal, assiste ou remplace Romain, supervise les relations avec les lecteurs.
Yanis, Administrateur principal, assiste ou remplace Romain, supervise tout ce qui est informatique, hébergement et accès à notre serveur de partage de documents.
Ben, Editeur et chroniqueur MLCVR, modérateur.
Cassandra, Editrice et chroniqueuse MLCVR, modératrice.
Céline, Editrice et chroniqueuse MLCVR, modératrice.
Gael, Editeur et chroniqueur MLCVR, modérateur.
Jérémy, Editeur et chroniqueur MLCVR, modérateur.
Kevin, Editeur et chroniqueur MLCVR, modérateur.
Laura, Editrice et chroniqueuse MLCVR, modératrice.
Mehdi, Editeur et chroniqueur MLCVR, modérateur.
Sofiane, Editeur et chroniqueur MLCVR, modérateur.
Thomas, Editeur et chroniqueur MLCVR, modérateur.

Nous sommes des cheminots actifs, au statut âgés entre 23 et 35 ans. Nous exerçons dans différentes filières en France, répartis en divers grades. Nos filières sont:

Transport Mouvement;
Logistique & Équipement;
Maintenance & Travaux;
Commercial vente, escale, RCAD;
Commercial trains;
Maintenance Matériel Roulant;
Ressources Humaines (Services généraux);

Nous sommes exécutifs, maîtrise et cadres (hors management).


Voir aussi: http://mlcvr.canalblog.com/archives/2017/07/23/35501173.html 

 

 

Posté par MLCVR à 17:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]

15 septembre 2017

Souffrance au travail dans les métiers en contact avec le public: premiers résultats

Au début de l'été nous avons diffusé un sondage pour le compte de deux étudiants en psychologie, qui réalisent un travail de recherche sur la souffrance au travail. Possédant des relations cheminotes, ils ont décidé de se pencher sur ce phénomène au sein de la SNCF, même si la souffrance au travail existe partout, et en particulier dans les métiers au contact du public. Une manière de faire un lien sur les conséquences du comportement du public sur les salariés. Notre chroniqueur Thomas fait partie des cheminots qui les aide dans leur travail de recherche.
Vous avez été nombreux à répondre au sondage, désormais clos. Nous vous en remercions. Vos réponses leur permettent d'alimenter leur travail et de l'argumenter. Ils ont accepté de nous livrer, en avant première, quelques résultats. Ils ont décidé de ne pas dévoiler l'intégralité des résultats pour des raisons évidentes de protection de leur travail.

Un autre sondage destiné à mesurer la souffrance au travail sur l'ensemble de l'entreprise comparé à celle ressentie dans les métiers au contact du public, sera proposé dans quelques jours ou d'ici à la fin du mois, il est en cours de construction.

Voici les premiers résultats tels qu'ils nous les ont envoyé, ils ne concernent qu'une sélection de questions et restent volontairement vagues à des fins de protection de leur travail. Ils ont néanmoins une signification.
A prendre en compte: suite à des débats houleux sur l'utilisation du mot "contact clients", il convient de dire "contact du public" 
-----------------------------------------------------

1: Synthèse du profil des répondants.

48,6% des répondants sont des hommes, 51,4% sont des femmes. La majorité possède un Bac Technologique, soit 24,3%. 36,1% exercent en réserve, 63,9% en roulement. L'équilibre roulement / réserve dans l'organisation du travail des répondants correspond à la réalité donnée par nos interlocuteurs cheminots participant à notre enquête.
85,4% des répondants ont toujours exercé au contact clients à la SNCF.  Niveau qualification, 36,2% sont B, 52,1% sont C, 11,8% sont D. Une répartition qui semble logique par rapport à l'analyse du reste des réponses.
Niveau répartition des métiers, 52,1% sont ASCT ou assimilé, 41% sont ASCVG ou assimilé (RCAD, Ligne Directe, EAR...) et 6,9% sont Agent de circulation amenés à exercer au contact du public.

2: Synthèse des difficultés mises en avant par les répondants.

Un résultat est marquant: 49,3% des répondants s'estiment bien formés à l'aspect métier contact clients (renommé: contact du public), 50,7% s'estiment mal formés. Les avis sont donc très partagés. Cette appréciation en demie teinte de la part des répondants se ressent dans le reste de l'analyse des résultats.

91,7% des répondants ont déjà été agressés au moins une fois, soit verbalement, soit physiquement. Le résultat est donc sans appel. Dans les réponses détaillées, certains indiquent qu'ils le sont au moins une fois par jour. D'autres réponses laissent sans voix, telles que "je ne les compte plus", "une centaine de fois"... Pire, certains disent qu'ils n'osent plus déclarer leurs agressions par peur de représailles de la direction. Dans la majorité des cas, elles n'ont pas donné lieu à une hospitalisation sauf un passage aux urgences (fréquent)

4,9% des répondants déclarent ailler travailler la peur au ventre constamment, 33,3% parfois, 27,8% rarement. Et 55,6% se sentent constamment observés lorsqu'ils sont en uniforme. Dans la catégorie des troubles liés à l'image des cheminots, 14,6% déclarent avoir honte d'être cheminot, 15,3% disent en être fier.

58,3% des répondants ont déjà craqué en service dont 9% plus de quatre fois ! Et seulement 45,8% n'ont jamais renoncé à aller au travail par appréhension (stress, angoisse...) Ce qui signifie que 54,2% des répondants ont déjà renoncé au moins une fois à aller travailler, se trouvant dans l'incapacité de surmonter leurs angoisses. L'anxiété devient alors invalidante. Le trouble peut se généraliser et déboucher sur un syndrome de TAG ou de TAD.

Dans la liste des conséquences de l'exercice d'un métier en relation avec le public sur la vie privée, les répondants pouvaient cocher plusieurs réponses. Voici le top 5.

55,6% déclarent perdre plus facilement patience qu'avant.
47,2% déclarent être souvent sur la défensive.
41,1% déclarent faire l'objet de brimades, de remontrances sur la SNCF de la part de leur entourage.
38,9% déclarent vouloir s'isoler, être seuls de manière plus régulière.
36,1% déclarent se sentir plus angoissés qu'avant d'entammer leurs fonctions en contact avec le public.

3: Synthèse des relations hiérarchiques des répondants.

Les relations avec la hiérarchie dans les métiers du contact avec le public jouent un rôle primordial sur l'équilibre socio professionnel des cheminots. Nombreux des cheminots interrogés ou rencontrés nous ont déclaré que les relations avec leur hiérarchie change depuis plusieurs années. Cette hiérarchie est de plus en plus formée à des méthodes dites "américaines", sortant d'écoles où la productivité passe avant l'humain.

72,2% des répondants disent qu'ils sont mal notés par rapport à leur métier et à leur ancienneté. Dans les précisions, on lit par exemple qu'il n'y a "pas de reconnaissance de la part de la direction". Que de "faux arguments sont donnés en commission de notation pour dévaloriser un agent". 11,8% des répondants disent avoir de mauvaises ou d'execrables relations avec leur hiérarchie jusqu'au N + 1. 25,7% disent la même chose par rapport à la hiérarchie (allant jusqu'au DET)18,8% des répondants ont déjà eu recours à l'inspection du travail au moins une fois. 88,9% des répondants disent qu'ils se sentent épiés, surveillés par la direction, dont 42,4% totalement épiés, surveillés.

La politique disciplinaire de la direction est notée à 1/10 (très mauvaise) par 24,3% des répondants. 2/10 par 13,2% des répondants. 3/10 par 22,2% des répondants. 4/10 par 16,7% des répondants. Également 16,7% pour la note de 5/10. La maîtrise des risques psychosociaux, elle, est notée à 1/10 (très mauvaise) par 38,2% des répondants, 2/10 par 23,6% et 3/10 par 14,6%. Dans les deux cas, les notes s'arrêtent à 8/10 avec respectivement 0,7% et 2,8%.

4: Synthèse de la confiance dans les réorganisations.

Les réorganisations dans les métiers au contact avec le public sont nombreuses. Elles ont une incidence directe sur les activités et sur le traitement des clients. Nos échanges avec les cheminots nous ont globalement permis de comprendre que ces réorganisations favorisent un climat tendu et donnent lieu à une augmentation d'agressions et de mal être au travail. Les chiffres recueillis dans le sondage orientent favorablement ce point de vue.

Ainsi, 83,3% des répondants n'ont pas confiance en l'avenir des trois EPIC SNCF. Une division qui émane de la réforme de 2014. Cette réforme, nous dis-t'on, "ne devait rien changer" Des propos désignés mensongers, puisque les restructurations et le changement s'accélérent depuis l'application de la réforme.

Sur une note de 1 à 10 (1: très mauvaise, 10: très bonne), 59,4% des répondants notent la réforme de 2014 à 1/10 et 20,3% la notent à 2/10. Une notation qui s'arrête à 6/10 (0,7%) Les chiffres confirment le manque de confiance à 83,3% en l'avenir des trois EPIC SNCF.

62,5% des répondants ont vu une fusion, une transformation de leur établissement ces trois dernières années. Sur une note de 1 à 10 (1: très mauvaise, 10: très bonne), 42,4% des répondants disent très mal vivre (1/10) les restructurations d'établissements. 16,7% affirment mal les vivre à 2/10. Seul 0,7% les vivent bien à 10/10.

84% des répondants ont très peur pour l'avenir de leur métier, un chiffre proche du taux de répondants n'ayant pas confiance en l'avenir des trois EPIC SNCF. La suite nous explique pourquoi. 69,5% des répondants disent que la transformation digitale est nocive à très nocive. Dans la partie des réponses libres, les répondants ne "comprennent pas la logique ni la stratégie de la direction qui avance puis recule pour mieux sauter". La productivité y est décrite comme "mauvaise, nocive pour la qualité de service rendue". Des répondants ne se "reconnaissent plus dans l'entreprise". C'est quelque chose d'assez frappant. Les conduites d'accompagnement du changement sont très mal cernées par certains répondants.

5: Premières conclusions.

Les premières analyses des résultats, autant ceux dévoilés dans cette sélection que les autres, nous démontrent que la souffrance au travail dans les métiers au contact avec le public est assez présente. Elle se dessine principalement autour des évolutions métiers et donc de l'avenir. Pour nous, l'entreprise évolue trop vite et oublie le principal: l'humain. Les conséquences sur le psychisme sont modérées à importantes. Si les orientations perdurent, le développement de troubles anxieux est amené à se généraliser. Si vous ressentez des symptômes anxieux, il est important de prendre contact avec le pôle de soutien psychologique ou avec un psychiatre thérapeute avant toute dégradation de votre état de santé mentale. Des cliniques spécialisées prennent en charge les patients atteints de troubles anxieux liés au travail ou burn out.

Ce sondage nous encourage à continuer notre travail de recherche. Nous restons en contact avec les cheminots et spécialistes qui nous assistent dans ce travail et qui nous aident à l'orienter en fonction des rouages, de l'organisation de l'entreprise. Un sondage cadrant le mal être en général à la SNCF et le comparant avec celui dans les métiers en contact du public vous sera proposé dans une dizaine de jours.

Posté par MLCVR à 20:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 septembre 2017

Etre cheminot, ou quand il est impossible de se déconnecter

Nous sommes bien placés pour le savoir. Les cheminots sont souvent, trop souvent au coeur de l'actualité. Cette actualité est régulièrement assassine. Tout est fait pour qu'un événement même minime soit tourné vers nous pour que ça se termine en dénigrement gratuit. Avec du sensationnel et une recherche constante, de la part des médias, du "vivement la privatisation" Comme l'incendie d'Aubagne (notre précédent article sur le blog). On se passerait volontiers des unes de presse souvent démesurées, elles ont des retombées pesantes sur notre moral et notre motivation. Ces gros titres ont plusieurs origines. Nous les classons en trois catégories.

Catégorie 1: Nouveautés industrielles et commerciales.
Inaugurations de LGV (exemple début juillet), modifications tarifaires et autres événements commerciaux (exemples Inouï, TGV Max...)

Catégorie 2: Incidents majeurs sur le réseau ferroviaire.
Comme le blocage de Paris Montparnasse suite à un défaut d'isolement au PRCI de Vanves, l'incendie d'Aubagne... L'accident de Brétigny, de Denguin et les suites qui y sont données.

Catégorie 3: Actualités sociales.
Nous sommes en plein dedans avec les mouvements sociaux de septembre, les réformes annoncées par Macron...

Il est difficile pour les cheminots de couper les liens avec le travail et l'entreprise en dehors des heurs de travail, à moins d'éteindre la radio, la télé et de ne pas aller sur Internet. Et de ne voir personne. De rester cloîtré chez soi.
Le week end de l'Ascension, on s'en souvient, a été marqué par l'épisode "Inouï" Des cheminots en week end en ont entendu parler jusqu'à dans le bar de leur village isolé du pays Basque. Ce cheminot bashing est épuisant, démotivant et en somme, démoralisant. C'est du tapage constant. A chaque fois les médias sortent leurs brouettes de contre vérités. De fausses vérités. Mais surtout, de mensonges. Avec un déballage d'experts en rien du tout. Mais qui sous prétexte d'un diplôme de l'ENA (École Nationale des Abrutis?), d'HEC management ou de finances (de rien du tout) ramènent leurs pseudo expertises faussées. Ils ne prennent eux même jamais le train. Ils détestent les cheminots et pour eux, la SNCF c'est un bateau en ruine qui ruine le pays. C'est dangereux, c'est sale. Si ils sont fidèles à leur raisonnement, ils ne montent jamais dans un train. Alors, comment peuvent ils connaître le domaine ferroviaire ? En réalité ils n'y connaissent rien, ni même à l'économie ferroviaire. Leur but: faire croire aux simples d'esprit au cerveau hypnotisé par ces pseudo journalistes et pseudo experts que nous sommes les méchants nantis ruinant un système en réalité ruiné par une politique de capitalisme. Et ça va parfois beaucoup trop loin. Parce que certains y croient, et reproduisent les propos en face, pendant notre service si l'on est en contact usagers. Ou alors les gens reproduisent les propos indirectement en nous prenant pour des coupables et des punchings-balls. Cet esprit médiatique prend totalement leur cerveau en otage. On le dit souvent, les gens, les plus faibles d'esprit, sont sous l'emprise des médias et ne sont plus capables de réfléchir par eux même. 

En dehors des médias, il y'a une autre source de cheminot bashing, qui trouve quand même sa source dans les méandres médiatiques. C'est l'entourage. La famille. Les amis même les plus anciens. Les voisins. Les parents d'éléves de l'école de nos enfants. Les fréquentations dans le cadre de nos activités sociales, culturelles et sportives. Toutes celles et ceux qui savent que nous travaillons à la SNCF. Impossible d'éviter tout le monde. Et il est difficile d'éviter une discussion sur la SNCF, sur les cheminots qui est souvent embarrassante. On avoue quand même qu'elle est parfois bienveillante, pleine d'empathie. Mais quand, au beau milieu du hall de l'immeuble ou d'un rayon du supermarché, un voisin nous alpague pour nous parler de l'actualité sociale de la SNCF. Quand, soudainement, en plein repas de famille, on nous demande les prix de billets de trains pour faire Pau / Paris telle date. Ou des informations sur des réductions. Ou quand, toujours en repas de famille, on nous parle de nos "avantages" avec dédain. Quand des amis nous tournent le dos parce que nous êtes bourrés d'avantages inadmissibles et coûteux. Et puis alors si par malheur on a un ami, un oncle ou un cousin journaliste, économiste ou pro libéralisme, on est mal. Quand d'un coup on nous parle d'un retard de train ou que tout le monde autour de nous nous prend pour le cahier de réclamations. Quand "l'ami" dont on a pas eu de nouvelles depuis des lustres revient pour parler d'une amende reçue dans un train, ou pour demander pourquoi le train machin a eu tel retard tel jour (à l'autre bout de la France...) C'est lourd. On accepte de parler de notre métier, de notre milieu socio professionnel mais souvent, le dialogue est stérile. Car les arguments d'en face se basent sur les ramassis de stupidités médiatiques. 

Ce cheminot bashing est difficile à vivre, il est épuisant. On a tous le droit d'avoir la paix. Souvent, nous avons la femre envie de nous déconnecter en dehors du travail. Nous travaillons, pour la plupart, à la SNCF par passion. Mais ce n'est pas une raison pour nous ramener des sujets SNCF à l'emporte pièce et la moindre occasion. Nous n'avons pas réponse à tout. Nous ne sommes pas des cahiers de réclamations. Et ni des défouloirs. Nous avons le droit à la déconnexion avec notre milieu socio professionnel. 

Posté par MLCVR à 01:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]