Les éloges

Le 2 juillet 2017 tous les projecteurs étaient braqués sur la SNCF. L'innauguration de deux LGV privées permettant de relier Paris Rennes en 1h25 et Paris Bordeaux en 2h04 a marqué le début de l'été. Taillant des éloges à la SNCF, montrant les regards enchantés des cravatés, les journalistes mobilisés, qui ont bien profité des boissons et petits fours à 6 millions d'euros, avaient un plan derrière la tête. Pour eux, cet événement était une perche tendue pour  tomber sur la SNCF, donc sur les cheminots, au moindre événement négatif. Ils voulaient se servir de cette promotion pour, plus tard, provoquer ce qu'ils ont toujours voulu provoquer: des réactions assassines de la vindicte populaire. Ils voulaient se servir du positif pour contraster avec le négatif.

Et ils en ont eu l'occasion dés le premier jour. Le premier Paris Toulouse en 4h09 a eu autant de retard que de temps de parcours prévu. Un retard du à la panne de l'intercités circulant dans le sillon le précédent à Pommevic. Une histoire "drôle" qui a été rapportée jusque dans les colonnes de médias Européens. La panne de cet intercités, survenue sur le réseau classique, est, on le pense, due au manque d'investissements sur le réseau classique. 

Sur le même réseau, Atlantique, le 23 juillet au soir, le TGV 8067 Paris Rennes était bloqué peu après la gare du Mans. Une panne qui a duré près de 5h, le temps d'organiser, avec des moyens dérisoires, le secours c'est à dire l'évacuation de la rame jusqu'au Mans puis le transbordement dans un autre TGV. Le Paris Rennes en 8h43 a fait les gros titres de la presse nationale. 

L'épisode "historique" de Montparnasse

Le samedi 29 juillet au soir, le constat d'un défaut d'isolement sur le PRCI de Vanves a commencé à semer une pagaille monstrueuse sur la gare de Paris Montparnasse et sur tout le réseau Atlantique, jusqu'à Hendaye, Tarbes, Toulouse, Brest et Saint Malo. Les médias au rendez vous. Ils avaient enfin LA situation idéale et tous les outils pour faire subir à la direction et aux cheminots l'effet pervers de la communication organisée depuis le tournant inouï du week end de la Pentecôte. La gare de Paris Montparnasse paralysée pendant près de trois jours ? Une aubaine pour vendre du gros titre assassin à toutes les sauces. Pendant que les cheminots sur le terrain vivaient des heures catastrophiques tant bien sur le lieu de l'incident que dans les gares et les trains, les médias commençaient leur acharnement, avançaient leurs hypothèses, montraient des témoignages de personnes vivant un enfer terrible, baladées de Montparnasse à Austerlitz ou à Massy TGV. La direction, elle, annonçait des délais et promesse repoussés au fil du temps. Aucune information ne concordait. La faute aux cheminots du terrain, pensent les gens, aidés par les médias.

En réalité, on le sait, c'est la faute à la séparation des activités et à la mise en concurrence des canaux de vente et d'informations. La SNCF n'est plus la SNCF. C'est trois entreprises en une au sein d'un groupe de plusieurs centaines de filiales dans le monde. SNCF Réseau gérait l'incident, dépêchant des opérateurs, techniciens et ingénieurs sur place, coordonnant les opérations et pilotant les restrictions de circulation. SNCF Mobilités gérait ses conséquences. SNCF Mobilités, c'est plusieurs branches, plusieurs activités qui voulaient chacune leur part du gâteau et limiter les conséquences sur leurs trains. A côté, il y'a les canaux de vente et d'information. Internet, les applications mobiles externes, les applications mobiles internes, les informations mixées sur le terrain... Tout ce mélange, ces canaux séparés ont littéralement envoyé nos voyageurs dans le mur. Il y'avait ce qui était écrit sur le papier, et ce qui se passait vraiment en opérationnel. Ce raté va nous coller à la peau pendant des années.
L'escalade de violence médiatique suite à l'incident du PRCI de Vanves aurait pu être fondée si elle avait très clairement pointé les raisons authentiques de cette débandade. Mais chut, faut pas le dire. Il faut que l'opinion publique continue de dire vivement la privatisation, bande de cheminots incompétents, vivement la concurrence...

Les incendies ? C'est de notre faute !

Ce week end, nous subissons encore un des effets pervers de la communication à outrance et de l'acharnement des médias. Un massif forestier s'est embrasé près d'Aubagne, atteignant des zones jouxtant la ligne Marseille - Nice. Hier, à 18h, le SDIS 13 et les autorités locales ont demandé à la SNCF d'interrompre la circulation dans la zone. Une mesure pleine de bon sens, l'incendie menaçait directement les installations ferroviaires. Le maillon Aubagne - Toulon était ainsi interdit à la circulation. Et il l'est resté jusqu'à ce dimanche à 10h30. La conséquence logique, c'est que tous les trains engagés et qui devaient passer par ce secteur sens pair et impair ont été arrêtés, principalement à Marseille et à Toulon. Des TGV, mais aussi des Intercités et des TER, ont été figés. Certains trains engagés entre Nice et Toulon ont fait demi tour. Pendant que d'autres étaient retenus à Nice, à Toulon et à Marseille. C'était le cas des TGV 6815 et 6806, deux TGV "symboles" de cette perturbation. Il n'était pas possible de les détourner par un autre itinéraire: il n'existe aucune alternative, la région PACA est traversée de part en part uniquement par cette ligne. L'infrastructure ne permettait pas de pousser chaque train jusqu'à Aubagne dans le sens Marseille -> Nice afin d'y organiser des terminus / origine. Et cette mesure n'aurait servi à rien: que faire des centaines de passagers débarqués à Aubagne ? 
Tout le monde l'a compris, dans le fond. La SNCF et les cheminots ne sont pas responsable de cet incendie. Les usagers et les médias ont vite oublié le remarquable et difficile travail des sapeurs pompiers professionnels et volontaires luttant contre les flammes. Ils se sont concentrés sur leur petit problème, sur leur nombril: eux. Et comme ils ne pouvaient pas directement mettre la faute sur la SNCF, ils l'ont fait indirectement en critiquant, cette fois ci à outrance, le travail des cheminots sur le terrain. Et en n'admettant pas l'évidence qu'il n'y avait rien à faire.

Je veux un taxi, un autocar, une chambre d'hôtel...

On estime à environ 4000 le nombre de personnes prises au piège sur la région PACA, principalement à Nice, à Toulon et à Marseille. Mais le "tout pour ma gueule" des plus égoïstes, aidés par les médias, a rapidement commencé à se faire ressentir. Comme l'a constaté notre contributeur Léo, qui était passager du train 4665 entre Montpellier et Nice avec sa petite amie et leur fils en bas âge, des personnes on vite commencé à réclamer des taxis. Puis des autocars. Et enfin, des chambres d'hôtel. Des demandes répétées, relayées sur les réseaux sociaux et dans la presse ! Il fallait tout pour une personne, puis une autre, et encore une autre. Le bon sens indique qu'il n'était absolument pas possible de prévoir ces moyens pour 4000 personnes. Nous sommes en période estivale. La région est l'une des régions les plus prisées en été. Les effectifs sont soit en congés ou soit surbookés dans chaque secteur d'activité. Les Préfectures ont bien sur donné des ordres de réquisition, mais il n'en a pas résulté des moyens suffisants pour transporter ou héberger "décemment" au moins un quart des passagers bloqués. Les hôtels sont quasiment tous complets, seules quelques personnes sélectionnés en fonction de leur situation on pu être logées en hôtel. Le reste des passagers échoués ont été pris en charge par les services de sécurité civile et par les autorités. Ils ont pu rester à bord de leurs trains ou sur des lits de camp. Dans des conditions certes moins confortables que dans leur lit. Mais ils n'étaient pas à la rue, ils n'étaient pas non plus "livrés à eux même" La situation aurait peut être pu être un peu mieux gérée si les effectifs n'avaient pas été sacrifiés au nom de la privatisation.

Alors la SNCF est devenue coupable, accusée d'abandonner ses passagers. Coupable de ne pas pouvoir inventer des autocars sur mesure, de construire des hôtels de grande capacité en quelques minutes et de ne pas nourrir ses passagers avec des coffrets repas crées par un grand chef cuisinier. Une anarchie a commencé à s'installer dés les premières heures, notamment à Marseille, compliquant totalement le travail des cheminots et créant un climat tendu dans les trains de naufragés du rail.

Je veux des informations !


Le manque de communication a aussi rendu la SNCF et les cheminots coupables de cet incendie. Des dizaines de fois, les gens demandaient presque l'heure exacte de la reprise des circulations. Ce qui revenait à dire:
-Qu'est ce qui foutent les pompiers la, j'ai pas que ça à faire d'attendre !
-Bonjour Mr l'incendie, c'est quand que vous allez arrêter de flamboyer ?

-Madame Irma ? Que prédisez vous pour la suite de mon voyage ?
-Bonne mère, s'il te plait, sors moi de là !

Non franchement, niveau communication, tout était dit. Hier à 18h: arrêt des circulations. Aujourd'hui à 10h30: reprise progressive des circulations. Entre temps, il était impossible de dire quoi que ce soit. Les seules informations concernaient les trains retournant à une gare antérieure. Donner des estimations était impossible ou aurait induit les voyageurs en erreur. Tout reposait sur l'admirable travail des sapeurs pompiers et sur l'incidence de la météo sur l'incendie. Des facteurs totalement... Imprévisibles.

Et les médias ?

Les médias ont cherché à joindre des naufragés du rail, et ils y sont parvenus. Ils ont ainsi pu leur faire dire ce qu'ils voulaient entendre, c'est ce qu'on a dit dans les deux paragraphes précédents. Par déformation, on a aussi lu (et entendu) des "vivement la privatisation", "vivement la concurrence", "bande d'incompétents", "bons qu'à faire grève"... Et bien sur, le très célèbre "on est pris en otage" ! C'est exactement le discours crée par les médias ! Les gens n'ont pas réagi ni réfléchi par eux même. En fait, leurs neurones sont tenus en laisse par les médias. Ils réagissent comme des roquets aux ordres de la masse médiatique Française. Ils sont lobotomisés. Et à quelques semaines d'une échéance sociale majeure au cours de laquelle les cheminots sortiront comme étant les seuls acteurs en lutte, les médias se donnent les moyens de formater les esprits pour nous tirer dessus à boulets rouges.

On l'a dit, les conditions de prise en charge n'étaient pas aussi confortables qu'un bon vrai lit et le personnel SNCF n'était pas suffisamment nombreux (suppressions de postes de "cheminots payés à rien faire") pour être omniprésent. Mais il y'a quand même une sacrée part d'exagération, comme dans cet article. Les autorités étaient présentes à Marseille Saint Charles , Toulon et Nice, et les quelques débordements émanaient de passagers qui ont eux même crée un climat de tension. En plus des infernaux "je ne pense qu'à moi" et des "c'est quand qu'on repart ?" Tout leur est du, et même les rations de plateau repas qu'un Somalien victime de la famine prendrait pour un plateau repas de luxe ne convenaient pas. Oui on l'avoue, ça ne vaut pas une bonne socca, une bouillabaisse ou une pizza chorizo. Mais le Franaçais, dans sa mentalité, réclamera toujours plus que ce qu'il a eu. D'ailleurs, Léo nous rapporte qu'il a entendu un couple de personnes logées en hôtel que le lit n'était pas confortable. Il aurait fallu les envoyer à Sofitel Vieux Port ? Même avec ça ils se seraient plaints.

Conclusions

Les médias prennent un incommensurable plaisir à mettre de l'huile sur le feu pour que toute situation incombe au final à la SNCF et aux cheminots. Le but c'est de nous faire passer pour les éternels mauvais. Au lieu de nous défendre, la direction tend des perches pour que les médias nous tapent dessus avec. Elle communique sur un monde de Bisounours alors qu'il en est tout autre. Même si l'incident de Montparnasse a engendré quelques critiques haut et fort sur la direction en elle même, les dirigeants savent que ça retombera toujours sur les cheminots du terrain. Il en résulte des comportements excessifs, agressifs et des situations qui deviennent difficilement contrôlables. Pour Montparnasse, l'exitation des médias n'a pas favorisé les relations entre cheminots et les usagers. Il en est de même dans chaque situation perturbée. Pour l'incendie d'Aubagne, les gens ont suivi d'eux même le raisonnement médiatique en trouvant un tas de petits prétextes pour faire un scandale et pour conduire la faute sur nous. Même tous logés dans un 4 étoiles, ils auraient trouvé des moyens de critiquer.

Florilège (light)

Elle croit que, sur la Côte d'Azur en plein été, les autocars et les conducteurs d'autocars se trouvent en un claquement de doigts.

REAC 01

 

 

Elle croit que les trains privés de voyageurs Thello ont été épargnés par l'interruption du trafic, or, le Milan Marseille et le Marseille Milan ont été impactés tout comme les trains de marchandises privés.

 

REAC 02

 

Elle croit que Madame Irma travaille à la SNCF et que la voyance est un don obligatoire pour être cheminot.

REAC 03

Gestion déplorable; il aurait préféré être jeté hors du TGV et de la gare et dormir sur le parvis ?

 

REAC 04

Qui ne tente rien à rien, mais Noël c'est en décembre pas en août.

REAC 05

 

Un bus sur mesure pour Mademoiselle ! Avec jacuzzi SVP.

REAC 06

 

Alors lui il a la palme... Un cador, le meilleur, the best.

REAC 07

 

REAC 08