Nous sommes bien placés pour le savoir. Les cheminots sont souvent, trop souvent au coeur de l'actualité. Cette actualité est régulièrement assassine. Tout est fait pour qu'un événement même minime soit tourné vers nous pour que ça se termine en dénigrement gratuit. Avec du sensationnel et une recherche constante, de la part des médias, du "vivement la privatisation" Comme l'incendie d'Aubagne (notre précédent article sur le blog). On se passerait volontiers des unes de presse souvent démesurées, elles ont des retombées pesantes sur notre moral et notre motivation. Ces gros titres ont plusieurs origines. Nous les classons en trois catégories.

Catégorie 1: Nouveautés industrielles et commerciales.
Inaugurations de LGV (exemple début juillet), modifications tarifaires et autres événements commerciaux (exemples Inouï, TGV Max...)

Catégorie 2: Incidents majeurs sur le réseau ferroviaire.
Comme le blocage de Paris Montparnasse suite à un défaut d'isolement au PRCI de Vanves, l'incendie d'Aubagne... L'accident de Brétigny, de Denguin et les suites qui y sont données.

Catégorie 3: Actualités sociales.
Nous sommes en plein dedans avec les mouvements sociaux de septembre, les réformes annoncées par Macron...

Il est difficile pour les cheminots de couper les liens avec le travail et l'entreprise en dehors des heurs de travail, à moins d'éteindre la radio, la télé et de ne pas aller sur Internet. Et de ne voir personne. De rester cloîtré chez soi.
Le week end de l'Ascension, on s'en souvient, a été marqué par l'épisode "Inouï" Des cheminots en week end en ont entendu parler jusqu'à dans le bar de leur village isolé du pays Basque. Ce cheminot bashing est épuisant, démotivant et en somme, démoralisant. C'est du tapage constant. A chaque fois les médias sortent leurs brouettes de contre vérités. De fausses vérités. Mais surtout, de mensonges. Avec un déballage d'experts en rien du tout. Mais qui sous prétexte d'un diplôme de l'ENA (École Nationale des Abrutis?), d'HEC management ou de finances (de rien du tout) ramènent leurs pseudo expertises faussées. Ils ne prennent eux même jamais le train. Ils détestent les cheminots et pour eux, la SNCF c'est un bateau en ruine qui ruine le pays. C'est dangereux, c'est sale. Si ils sont fidèles à leur raisonnement, ils ne montent jamais dans un train. Alors, comment peuvent ils connaître le domaine ferroviaire ? En réalité ils n'y connaissent rien, ni même à l'économie ferroviaire. Leur but: faire croire aux simples d'esprit au cerveau hypnotisé par ces pseudo journalistes et pseudo experts que nous sommes les méchants nantis ruinant un système en réalité ruiné par une politique de capitalisme. Et ça va parfois beaucoup trop loin. Parce que certains y croient, et reproduisent les propos en face, pendant notre service si l'on est en contact usagers. Ou alors les gens reproduisent les propos indirectement en nous prenant pour des coupables et des punchings-balls. Cet esprit médiatique prend totalement leur cerveau en otage. On le dit souvent, les gens, les plus faibles d'esprit, sont sous l'emprise des médias et ne sont plus capables de réfléchir par eux même. 

En dehors des médias, il y'a une autre source de cheminot bashing, qui trouve quand même sa source dans les méandres médiatiques. C'est l'entourage. La famille. Les amis même les plus anciens. Les voisins. Les parents d'éléves de l'école de nos enfants. Les fréquentations dans le cadre de nos activités sociales, culturelles et sportives. Toutes celles et ceux qui savent que nous travaillons à la SNCF. Impossible d'éviter tout le monde. Et il est difficile d'éviter une discussion sur la SNCF, sur les cheminots qui est souvent embarrassante. On avoue quand même qu'elle est parfois bienveillante, pleine d'empathie. Mais quand, au beau milieu du hall de l'immeuble ou d'un rayon du supermarché, un voisin nous alpague pour nous parler de l'actualité sociale de la SNCF. Quand, soudainement, en plein repas de famille, on nous demande les prix de billets de trains pour faire Pau / Paris telle date. Ou des informations sur des réductions. Ou quand, toujours en repas de famille, on nous parle de nos "avantages" avec dédain. Quand des amis nous tournent le dos parce que nous êtes bourrés d'avantages inadmissibles et coûteux. Et puis alors si par malheur on a un ami, un oncle ou un cousin journaliste, économiste ou pro libéralisme, on est mal. Quand d'un coup on nous parle d'un retard de train ou que tout le monde autour de nous nous prend pour le cahier de réclamations. Quand "l'ami" dont on a pas eu de nouvelles depuis des lustres revient pour parler d'une amende reçue dans un train, ou pour demander pourquoi le train machin a eu tel retard tel jour (à l'autre bout de la France...) C'est lourd. On accepte de parler de notre métier, de notre milieu socio professionnel mais souvent, le dialogue est stérile. Car les arguments d'en face se basent sur les ramassis de stupidités médiatiques. 

Ce cheminot bashing est difficile à vivre, il est épuisant. On a tous le droit d'avoir la paix. Souvent, nous avons la femre envie de nous déconnecter en dehors du travail. Nous travaillons, pour la plupart, à la SNCF par passion. Mais ce n'est pas une raison pour nous ramener des sujets SNCF à l'emporte pièce et la moindre occasion. Nous n'avons pas réponse à tout. Nous ne sommes pas des cahiers de réclamations. Et ni des défouloirs. Nous avons le droit à la déconnexion avec notre milieu socio professionnel.