En septembre dernier, nous avons publié et partagé un article parlant de la quasi impossibilité, pour les cheminots, de se déconnecter du monde du travail. La SNCF est un sujet d'actualité quasi récurrent et l'entourage en rajoute parfois des couches.

Nous sommes en plein été et nous avons reçu des mails de cheminots exaspérés par l'attitude d'une partie de leur entourage. En vacances en famille ou entre amis, vous faites l'objet d'échanges parfois vifs et fort déplaisants. Vous êtes dérangés par le cheminot bashing et vous avez du mal à le vivre. Nous sortons d'une période de crise sociale et médiatique sans précédents, avec des attaques parfois violentes et vous avez envie d'entendre parler d'autre chose. Nous vous proposons une nouvelle version de notre article de septembre et vous apportons quelques conseils pour parer aux débats dérangeants. Des débats qui n'ont pas leur place au beau milieu de nos vacances.

Les cheminots et la SNCF sont souvent, à tort ou à raison, au coeur de l'actualité. Une actualité régulièrement assassine. Les médias font tout pour qu'un événement même minime soit tourné en dénigrement gratuit. Et ça fonctionne. Des désoeuvrés font constamment monter la mayonnaise sur les réseaux sociaux, prenant chaque incident à pleines mains pour charger les cheminots. 

Les médias apprennent à la population Française à souhaiter la concurrence ou la privatisation. Un argument de fond  qui permet aux détracteurs d'aborder un débat à charge et infructueux. On se passerait volontiers des titres de presse souvent démesurés. Ils ont des retombées pesantes sur notre moral et notre motivation. Ces gros titres ont plusieurs origines. Nous les classons en trois catégories.

Catégorie 1: Nouveautés industrielles et commerciales.
Inaugurations de nouvelles lignes, modifications tarifaires et autres événements commerciaux (exemples Inouï, TGV Max...)

Catégorie 2: Incidents sur le réseau ferroviaire.
Incidents majeurs ou non, les médias mettent le paquet pour déformer la réalité et inciter aux attaques sur les cheminots.

Catégorie 3: Actualités sociales.
Nous sommes en plein dedans avec les suites des mouvements sociaux de ces quatre mois écoulés, les réformes annoncées par le gouvernement... 


Il est difficile pour les cheminots de couper les liens avec le travail et l'entreprise en dehors des heurs de travail. A moins d'éteindre la radio, la télé et de ne pas aller sur Internet. Et de ne voir personne, de rester cloîtré chez soi. 

Le week end de l'Ascension 2017, on s'en souvient, a été marqué par l'épisode "Inouï" Des cheminots en week end en ont entendu parler jusqu'à dans le bar de leur village isolé du pays Basque.
Ce cheminot bashing est épuisant, démotivant et en somme, démoralisant. Les médias sortent leurs brouettes de fausses vérités. Leur but: faire croire aux simples d'esprit au cerveau hypnotisé par ces pseudo journalistes et pseudo experts que nous sommes les méchants nantis ruinant un système en réalité ruiné par une politique de capitalisme. Et ça va parfois beaucoup trop loin. Parce que certains y croient, et reproduisent les propos en face, pendant notre service si l'on est en contact usagers. Ou alors les gens reproduisent les propos indirectement en nous prenant pour des coupables et des punchings-balls. Cet esprit médiatique prend totalement leur cerveau en otage. On le dit souvent, les gens, les plus faibles d'esprit, sont sous l'emprise des médias et ne sont plus capables de réfléchir par eux même. 


En dehors des médias, il y'a une autre source de cheminot bashing, qui trouve quand même sa source dans les méandres médiatiques. C'est l'entourage. La famille. Les amis même les plus anciens. Les voisins. Les parents d'éléves de l'école de nos enfants. Les fréquentations dans le cadre de nos activités sociales, culturelles et sportives. Toutes celles et ceux qui savent que nous travaillons à la SNCF. Impossible d'éviter tout le monde. Et il est difficile d'éviter une discussion sur la SNCF, sur les cheminots qui est souvent embarrassante. On avoue quand même qu'elle est parfois bienveillante, pleine d'empathie. Mais quand, au beau milieu du hall de l'immeuble ou d'un rayon du supermarché, un voisin nous alpague pour nous parler de l'actualité sociale de la SNCF. Quand, soudainement, en plein repas de famille, on nous demande les prix de billets de trains pour faire Pau / Paris telle date. Ou des informations sur des réductions. Ou quand, toujours en repas de famille, on nous parle de nos "avantages" avec dédain. C'est difficile à vivre. Le droit à la déconnexion n'est pas respecté.

Si par malheur nous avons un ami, un oncle ou un cousin journaliste, économiste ou pro libéralisme, nous sommes mal. Quand d'un coup on nous parle d'un retard de train ou que tout le monde autour de nous nous prend pour le cahier de réclamations. Quand "l'ami" dont on a pas eu de nouvelles depuis des lustres revient pour parler d'une amende reçue dans un train, ou pour demander pourquoi le train machin a eu tel retard tel jour (à l'autre bout de la France...) C'est lourd. On accepte de parler de notre métier, de notre milieu socio professionnel mais souvent, le dialogue est stérile. Car les arguments d'en face se basent sur les ramassis de stupidités médiatiques. 


Le cheminot bashing est difficile à vivre, il est épuisant. On a tous le droit d'avoir la paix. Souvent, nous avons la ferme envie de nous déconnecter en dehors du travail. Nous travaillons, pour la plupart, à la SNCF par passion. Mais ce n'est pas une raison pour nous ramener des sujets SNCF à l'emporte pièce et la moindre occasion. Nous n'avons pas réponse à tout. Nous ne sommes pas des cahiers de réclamations. Et ni des défouloirs. Nous avons le droit à la déconnexion avec notre milieu socio professionnel. 

Comment faire respecter votre droit à la déconnexion ? Première chose, que nous n'avons pas abordé avant: éteignez vos téléphones portables professionnels et ne consultez pas vos mails. N'allez pas sur Extranet. Fuyez tout ce qui est outil professionnel. Si vous êtes amenés à prendre le train, faites comme si vous étiez un simple touriste. Les cheminots se déplaçant en train font parfois l'expérience de voyager à proximité de quelqu'un qui dénigre fermement les cheminots ou la SNCF. La solution radicale est de mettre des écouteurs sur vos oreilles afin d'écouter de la musique (ou de regarder un film) 
Éloignez vous des médias. N'écoutez ou ne regardez que l'essentiel. Évitez les réseaux sociaux de cheminots, dont MLCVR. 

Si vous êtes pris pour un cahier de réclamation par un proche, renvoyez le vers le service clients adapté. Dites "je ne suis pas au travail, je n'ai pas vocation à traiter les situations liées à mon entreprise en dehors de mes horaires de service" Si vous avez le droit à la liste magique d'avantages sortant de l'immaginaire des médias, exagérez la avec auto dérision pour que votre interlocuteur comprenne qu'il se base sur des informations erronées. Si vous êtes attaqués au sujet de la grève, rappelez juste que c'est un droit constitutionnel appelé cessation concertée du travail. Indiquez qu'à notre place, les autres corporations font la même chose. Et que si les médias parlent autant des grèves de cheminots, c'est parce que quand des fainéants cessent de travailler, ça se remarque. Si justement vous êtes acculés de gentils qualificatifs comme fainéant, incompétent... Changez d'amis et de famille ! Mais dans l'immédiat, proposez à votre proche de postuler à la SNCF afin de profiter de conditions de travail idylliques en étant payé à ne rien faire. Enfin, si vous êtes attaqué sur la politique de l'entreprise (tarification, gestion des situations perturbées...) dites que vous n'êtes pas décisionnaire.

Quoi qu'il en soit, rappelez à vos proches que vous êtes en vacances et que vous voulez avoir la paix. Néanmoins, faites une exception pour vos proches qui viennent gentiment vous demander conseil sur un trajet en train ou qui cherchent vraiment à en savoir plus sur nos conditions de travail. Sans que la discussion ne dure pour autant des heures.