Ce témoignage a été livré fin 2015 par une cheminote à "Stop aux agressions", ancien collectif de cheminots dénonçant les agressions de cheminots. Nous le retranscrivons et le publions avec l'accord de notre collègue, que nous avons pu joindre en fin de semaine dernière et qui nous a donné de ses nouvelles.

Notre collègue, ancienne agent d'escale, raconte sa descente aux enfers à l'escale d'une grande gare Parisienne. Une descente aux enfers sur fond de romantisme avec de multiples rebondissements. Son témoignage est à la fois poignant et enrichissant. Bonne lecture.

Mélanie * a été embauchée au milieu des années 2000. « J’étais vraiment heureuse en signant mon contrat. Je me disais ça y’est, j’ai signé pour un nouveau train de vie » Mélanie * avait alors à peine 20 ans. « Le premier jour où j’ai travaillé en gare, j’étais sur un petit nuage. Je me sentais réellement utile à tous ces gens qui arrivaient, qui partaient, qui étaient en transit à Paris et qui avaient une correspondance RER ou grande lignes dans une autre gare Parisienne. Je prenais plaisir à répondre à leurs questions et à les rassurer. Je prenais le temps qu’il fallait pour les accompagner, je mettais beaucoup de cœur dans ce que je faisais » Quelques mois après son premier jour, Mélanie * recueille un jeune agent de conduite grande lignes qui venait de se casser une cheville en descendant de motrice. « Je l’ai aidé à se redresser sur le quai et je suis restée à côté de lui le temps que les pompiers arrivent. J’ai senti qu’il se passait quelque chose entre nous » 

Quelques semaines plus tard, Mélanie * revoit ce conducteur qui venait de reprendre le travail. Ils échangent quelques paroles. Et plus encore. « Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois en dehors du travail, quand il était en RHR à Paris ou quand je pouvais aller le voir chez lui, dans sa région. Et puis au bout de 2 mois, il m’a dit je t’aime. J’ai répondu moi aussi » Mélanie * vit alors un vrai comte de fée. Un nouvel emploi, un petit ami qui la rend heureuse…Tout était si merveilleux qu’il était difficile de croire que les choses allaient prendre une autre tournure. Les 12 premiers mois, Mélanie * arrive à encaisser l’agressivité des gens ainsi que les incivilités. « Je leur pardonnais tout. Un propos déplacé, une personne mécontente, pour moi, c’était normal. Je me disais qu’ils avaient raison et qu’ils devaient être tellement angoissés qu’il fallait bien qu’ils évacuent un peu. J’entendais souvent des collègues plus anciens dire qu’ils en avaient ras le bol et qu’ils voulaient partir. Mais moi, à ce moment la, je ne les comprenais pas » Un jour, un de ses collègues se reçoit un coup de tête lors d’une phase accueil TGV. Témoin de la scène, Mélanie * commence alors à prendre conscience que le métier n’est pas tout rose.

Trois mois plus tard, alors qu’elle était enceinte de son premier enfant – qu’elle a eu avec l’agent de conduite - , Mélanie * subit sa première agression de trop. C’était un soir d’été à la fin des années 2000. Un train Corail part. A peine avait il parcouru quelques mètres à faible allure qu’un homme court et se rue sur le marchepied de queue en prenant un risque énorme, celui d’être déséquilibré et de se faire happer par un essieu. Mélanie * et son collègue crient, l’agent expédition fait arrêter le train et tous trois se dirigent vers cet homme très en colère. « Il criait qu’il ratait son train, qu’il fallait absolument qu’il arrive à (…) le soir, qu’on avait rien à lui dire et que nous étions que des petits cheminots de merde » Les deux ASCT, qui avaient rejoint les agents d’escale, essuient à leur tour une série d’insultes et de menaces. Au bout de deux minutes, l’individu âgé d’une trentaine d’années commence à s’en prendre particulièrement à Mélanie * « Il m’a regardé fixement et m’a pointé du doigt en me traitant de grosse salope d’autres insultes adressées à moi. Il était tenu à distance par mes collègues. J’étais figée sur place, je ne comprenais pas pourquoi cet homme était si virulent. La SUGE est arrivée en courant à ce moment la. En les voyant arriver, il s’est élancé. Pris par surprise, mes collègues l’ont retenu mais pas suffisamment à temps. Il m’a mis une énorme claque à la joue droite » La SUGE prend alors le relais, éloignant Mélanie * et menotte au sol l’agresseur. Les services de police viennent le récupérer pour le placer en garde à vue.

Les deux ASCT sont repartis avec leur train en déclarant déposer plainte à leur arrivée au terminus, (…). Un dirigeant d’escale, arrivé sur les lieux peu après la SUGE, prend les trois agents de quai à part.  « Il m’a clairement dit tu ne vas quand même pas déposer plainte pour une simple claque ! » Une simple claque accompagnée de simples menaces. A écouter cette dirigeante, il s’agissait d’une simple agression. Une manière de minimiser quelque chose de grave et de dissuader les agents de déposer plainte. Histoire de faire baisser les statistiques. Mélanie * a eu l’autorisation de rentrer chez elle plus tôt en contrepartie de son silence. C’est totalement anéantie, vidée qu’elle arrive dans l’appartement où elle était seule ce soir la, son petit ami étant en découché à 200 kms de Paris. « Je l’ai appelé et j’ai vidé mes larmes. Je lui ai tout dit, tout expliqué. Il était scandalisé par l’attitude de la direction suite à mon agression. Il m’a passé un ASCT, qui était en RHR avec lui, au téléphone. L’ASCT m’a expliqué ce que je devais faire tout de suite » En raccrochant, Mélanie * appelle donc le numéro de l’astreinte de son escale. Le cadre d’astreinte lui demande alors d’attendre sagement le lendemain pour prendre une décision. Mais Mélanie * était vraiment très mal. Elle finit par se faire conduire aux urgences par une de ses amies d’enfance. « A l’hôpital les soignants étaient scandalisés que je n’ai pas été accompagnée plus tôt par mon encadrement. Le cadre d’astreinte a été obligé de venir me rejoindre aux urgences, où il m’a reproché de ne pas l’avoir prévenu plus tôt ! » Une mauvaise foi incommensurable et réellement insupportable pour la jeune femme. Au petit matin, elle est accompagnée pour le dépôt de plainte. Elle revient aux urgences et se fait prescrire 5 jours d’ITT. « Le dirigeant d’astreinte est tombé des nues en lisant le nombre de jours d’ITT. Pour lui, ça ne méritait pas autant de jours»

A ces 5 jours, Mélanie * a bénéficié de 15 jours d’accident du travail, prolongés une fois pour une durée égale. Soit, au total, 30 jours d’arrêt, tous reconnus accident du travail par la CPR. Son agresseur à été condamné à 5 mois de prison ferme et a versé 450€ de dommages et intérêts à Mélanie *. 
La jeune femme retourne travailler à l’issue de son arrêt. Il lui restait deux mois à faire avant son congé maternité. Totalement dégoutée par l’attitude de la direction, elle était partagée au sujet de son métier. Un coup elle réussissait à trouver un sens à son métier, un coup elle voulait tout arrêter. A l’issue de chaque journée travaillée, elle pesait le pour et le contre. « J’arrivais encore à supporter les gens, mais c’était limite. Je ne pouvais plus excuser leurs coups de gueule et leur manière de venir se défouler sur nous et j’ai vraiment constaté que tout, absolument tout était un prétexte pour nous crier dessus. Escalator en panne, poubelle remplie, sol mouillé. Mais aussi, manque de place sur les parkings de la gare, objets oubliés dans un train et non retrouvés, file d’attente trop longue aux guichets.. »

Quelques jours avant son départ en congé maternité, Mélanie * se fait insulter. « J’étais à la bulle accueil, je renseignais une  femme quand d’un coup, un homme arrive et la bouscule pour me demander en criant pourquoi son train était toujours pas affiché » La cheminote lui demande d’attendre son tour car elle finissait de renseigner une autre personne. « Et la, il m’a insulté de connasse, de bonne à rien et de pute. Il m’a menacé de mort et m’a dit que j’allais regretter de ne pas avoir répondu à sa question. Là encore je n’ai pas compris son attitude » Un agent de sécurité appréhende rapidement le grossier personnage. Mélanie * fait rapidement appel à son chef et exige une prise en charge et un dépôt de plainte immédiat. Les services de police viennent interpeller l’homme, un ouvrier en métallurgie âgé de 42 ans et Mélanie * se fait accompagner au commissariat pour déposer plainte. L’agresseur a été condamné à 2 mois de prison avec sursis et 200€ d’amende.

Au terme de 8 mois de congé maternité, Mélanie * revient travailler en espérant repartir sur de bonnes bases. « J’étais heureuse de revenir au travail et je savais qu’à chaque fin de journée, je retrouverais mon petit Julian » Mais la jeune femme revient rapidement dans la réalité, triste réalité. « J’ai fait face à tous types de propos. Par exemple une fois, un homme en costume cravate, arrivé avec un TGV retardé de 1h30. Il vient à l’accueil et exige un billet d’avion pour partir sur Madrid. Ce qui était à la fois impossible et disproportionné. Il m’a traité d’incompétente et à prétendu qu’un seul appel suffirait à mettre fin à ma carrière » Elle prend conscience que les agresseurs n’ont pas de profil particulier.

Quelques semaines plus tard, c’est un adolescent de 14 ans, à qui elle demandait simplement de se retirer de devant la porte d’accès à l’escale, qui l’insulte de tous les noms en prétendant qu’elle n’avait pas le droit de lui donner d’ordres. Cette fois ci, Mélanie * hausse aussi le ton. « Je lui ai fait remarquer que je lui demandais simplement de ne pas gêner l’accès à des locaux de service » Finalement, c’est un autre agent d’escale qui intervient, qui prend le sac de voyage du jeune homme, qui le jette plus loin et qui fait rentrer Mélanie * en refermant la porte au nez de l’adolescent.

Une autre fois, la jeune femme se trouve sur le quai d’arrivée d’un train retardé de 3h30 suite à un dramatique événement. « La, j’ai tout entendu. Un concentré de choses inadmissibles et d’insultes dans un contexte dramatique. J’ai fait face à un flot d’égoïsme et de bêtise des gens » Plusieurs passagers lui demandent une enveloppe de remboursement. Le motif du retard ne rentrait pas dans la réglementation européenne en matière de dédommagement des usagers des transports grande distance retardés (ndlr : la G30 ne s’appliquait pas systématiquement à l’époque). Ce qui a provoqué la colère de certains usagers. « De ce fait, le retard était de ma faute. J’étais une incompétente, une fainéante, une gréviste. J’en ai entendu à toutes les sauces » Plus tard dans la journée, un déséquilibré poursuit Mélanie * dans la gare et la bouscule à plusieurs reprises. La SUGE finira par le faire sortir de la gare avant qu’il ne revienne et qu’il agresse physiquement un autre agent, à savoir un ASCT. Quelques semaines plus tard, Mélanie * remarque des changements en elle. « Ma motivation était remplacée par des angoisses en allant travailler, et au travail » La veille du constat de ce changement, la jeune agent avait en effet rappelé à l’ordre un homme qui faisait du vélo sur le quai. Celui-ci avait répondu une insulte sans s’arrêter. « Je ne voulais plus intervenir, plus rien dire, plus faire la police, en quelques sortes. Je ne voulais plus faire mon travail correctement. Ou plutôt non. Je voulais le faire, mais je ne pouvais plus le faire. Je n’avais plus d’autorité, les gens se croient réellement tout coups permis et pensent que nous ne sommes que de petits pions de cour de collège sans aucun droits » Et quelques mois plus tard, quelques jours avant Noël, Mélanie * a subi sa seconde agression de trop.

C'était au cours d'une situation perturbée. Elle était, avec trois autres agents d’escale, chargée de recevoir des trains retardés de plusieurs heures. Lors du second accueil de naufragés du rail, un petit attroupement se forme autour d’elle. Il s’agissait de personnes ayant des correspondances grande ligne dans d’autres gares de Paris. Mélanie * les invite à se rendre directement à la bulle accueil pour bénéficier d’une prise en charge adaptée. « Déjà, une femme a exigé une réponse immédiate de ma part, estimant ne pas avoir à se déplacer pour avoir d’autres informations. Je l’ai ignorée et je suis partie vers l’accueil. J’ai entendu des personnes crier. Ils venaient d’apprendre qu’ils resteraient sur Paris, répartis sur des hôtels près de la gare, pour la nuit. La tension est montée d’un cran. Le chef d’escale a demandé à la patrouille SUGE de venir sur place »  Mais là encore, les agents ne sont pas arrivés à temps. Un jeune homme de 20 ans, très excédé, s’en est directement pris à Mélanie * qui n’était pas encore rentrée dans la bulle accueil. Il l’attrape par le col et la traite de tous les noms avant de la pousser au sol. Mais Mélanie * retombe mal. Là encore, la SUGE interpelle l’agresseur dans la foulée et le remettent à la BAC qui conduira l’agresseur en garde à vue. Rapidement, les collègues de Mélanie * exercent leur droit de retrait, laissant des centaines de passagers naufragés sans informations. « Au moins, tous ces gens ont du comprendre que nous ne sommes pas des défouloirs, ni des bons à rien inutiles et j’en passe. Et que sans nous, sans notre bienveillance et sans notre patience, ils n’étaient plus rien. Ni usagers, ni clients, rien » Une équipe de la BSPP prend en charge Mélanie * qui sera rejoint aux urgences par deux dirigeants de son établissement et son petit ami. Mélanie * a eu une fracture ouverte au coude droit et un hématome cérébral. « Ca aurait pu être pire, ma tête aurait pu heurter directement le bord de la bulle accueil » Elle se fait prescrire 15 jours d’ITT et 45 jours d’accident du travail. « Pendant ces 45 jours, personne, je dis bien personne n’a pris de mes nouvelles. Le dernier contact que j’ai eu avec la hiérarchie, c’était le lendemain matin de mon agression, à 11h, quand je suis sortie de l’hôpital. On venait de finir le dossier accident du travail. Et c’est tout. Pas un mot de soutien, rien, strictement rien » Les seuls contacts que la jeune femme aura, c’est avec le pôle juridique et l’avocat.

Son agresseur a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dans l’attente de son jugement. Un jugement qui n’est jamais arrivé. Ironie du sort, quelques mois plus tard, le jeune homme décède  « Je n’ai jamais obtenu justice et ça me manque » Car suite à son agression, Mélanie *, dont le petit Julian était âgé de 2 ans, a fait une dépression. « Je me sentais nulle. J’avais honte de ce qui m’était arrivé. Je ne voulais pas retourner en gare, j’avais peur que l’on me reconnaisse et que l’on m’identifie comme étant la petite fainéante mal aimable qui a été poussée au sol. Et puis je n’avais aucun soutien de la direction » Avec le temps et au fil des visites devant le médecin de la CPR, son accident du travail a été transformé en maladie professionnelle. Largement soutenue par son fiancé, le fameux agent de conduite dont elle est tombée folle amoureuse peu après son embauche, ainsi que par plusieurs amis cheminots du couple, Mélanie * a réussi à sortir de sa dépression au bout de 12 mois.

« J’ai réappris à vivre. J’ai appris à ne plus avoir peur dans la rue, à ne plus me sentir observée, menacée, à ne plus sursauter quand quelqu’un crie » La jeune femme a carrément suivi une thérapie, prise en charge dans le cadre de sa maladie professionnelle. Elle a également suivi des séances au pôle de soutien psychologique, toutes les semaines. Pour autant, elle ne s’est jamais sentie prête à reprendre ses missions d’agent d’escale. Juste avant l’échéance de sa reprise, elle prend son courage à deux mains. Accompagnée de son fils et de son fiancé, elle se rend au siège de son établissement. « Ce fut l’horreur. Le responsable des ressources humaines ne m’a pas reconnue. Il ne se rappelait pas de mon affaire. Ensuite, le dirigeant d’unité avait changé et n’avait rien me concernant. Son adjoint se rappelait vaguement de moi, a ressorti mon dossier en me disant qu’il pensait que j’étais partie dans un autre service. Mon chef d’équipe avait changé de poste. Mes collègues en bas, en gare, avaient quasiment tous changé. Ca, je le savais, car je suis restée en contact avec quelques uns qui sont quasiment tous partis eux aussi. Juste trois collègues m’ont reconnu. L’un pensait que j’avais démissionné » Quelques jours après, la direction reçoit Mélanie * en entretien de pré reprise. L’occasion pour elle d’annoncer sa volonté de ne pas reprendre à l’escale. La direction lui dit qu’elle doit être inapte pour qu’ils la changent de poste, et que même en étant inapte ils n’étaient pas sur de la changer de poste car il faudrait qu’elle fasse une reconversion. Puis, ils lui proposent d’aller à la vente. « Mais je savais qu’à la vente c’était pareil »

A l’issue de l’entretien, au cours duquel aucun responsable ne lui a demandé de ses nouvelles ou n’est revenu sur l’agression, rien ne lui a été proposé, à part une visite médicale le jour de sa reprise. Le médecin du travail, qui avait tout son dossier en main, la déclare définitivement inapte à toute mission de contact clientèle et ouvre ce que l’on appelle un dossier 1034, c'est-à-dire une procédure de reclassement. « Après la visite médicale, je suis allée demander à mon unité opérationnelle ce que je devais faire. Quand ils ont vu que j’étais inapte, ils m’ont dit de venir le lendemain à 9h pour rester là » Mélanie * revient donc le lendemain à 9h. Elle se fait installer un bureau de fortune dans une pièce inoccupée. Et on lui apporte une pile de dossiers à trier. Des référentiels, des documents, des notes de service… C’est avec un certain dégoût qu’elle commence sa besogne. De temps à autres, l’adjoint du dirigeant d’unité vient lui demander de faire des photocopies, d’aller apporter du courrier dans d’autres services… Rapidement, Mélanie * se sent mise à l’écart. « J’ai compris où ils voulaient en venir. Ils voulaient me faire craquer, me harceler. Je les embêtais plus qu’autre chose » Le lendemain, elle revient à son unité et se voit attribuer d’autres tâches du genre. Seule, dans son coin. Révoltée, en milieu de matinée, elle demande des précisions au responsable des ressources humaines sur l’utilisation qu’ils faisaient d’elle. « Il est allé droit au but et m’a dit que si je ne pouvais plus faire de contact clients, alors, je ne pouvais rien faire d’autre dans l’entreprise. Je suis partie en larmes » Elle rentre chez elle. 

Dans l’après midi, elle retourne à son établissement accompagnée de son fiancé. Et d’un élu du personnel. « Je n’avais jamais eu l’idée de faire appel aux élus du personnel auparavant, sachant en plus qu’aucun ne m’a soutenue, et surtout pas les élus CHSCT qui ont fait tout le contraire suite à mon agression. Mais la, on avait trouvé un bon élu. Qui a mis un gros coup de pied dans la fourmilière » Placée trois jours en arrêt maladie, Mélanie * revient le lundi suivant. Elle était inscrite à l’espace mobilité emploi, dans l’attente d’une mission. Elle annonce alors vouloir prendre une autre orientation professionnelle dans l’entreprise. Partir au service médical. Et ça tombe bien. Un cabinet médical de l’entreprise recherchait des secrétaires et infirmiers.

Mélanie a postulé à une offre de poste. Vu sa situation, elle est passée au dessus de la pile de dossiers et a été retenue. Et c’est ainsi que celle qui était si fière, si contente de travailler en gare au service des usagers est désormais secrétaire et assistante médicale à la médecine du travail. Celle qui a traversé de dures épreuves voit maintenant défiler des agents agressés ou en souffrance intense à cause de leurs conditions de travail. « Je me sens de nouveau utile et j’ai trouvé un nouvel équilibre de vie. Je travaille à 80% les lundis, mardis, jeudis et vendredis de 8h à 17h. Je peux mieux gérer ma vie personnelle. Mon fiancé est désormais devenu mon mari. C’est la seule et unique bonne chose que je retiens de mon expérience en gare. Et j’attends mon second enfant, une petite fille qui doit naitre en mars 2016 »

Merci  à Mélanie * pour la confiance qu’elle nous a accordé et pour son courage de témoigner. Un exercice qui lui fut quelque peu difficile, mais elle était soutenue par son mari, présent à ses côtés. Nous avons volontairement jeté une chape d’anonymat assez stricte autour de Mélanie * et nous vous remercions de bien vouloir respect cette volonté.

Deux ans et demi après son témoignage, nous avons pu joindre Mélanie * La jeune femme et son mari, l’agent de conduite, ainsi que leurs deux enfants ont déménagé à une heure de train Intercités de Paris, à la campagne. Lui est affecté à un nouveau dépôt. Mélanie * est toujours sur Paris. Mais elle est coordinatrice en bureau de commande du personnel au sein d’un établissement Infra. La trentenaire se dit épanouie et ne regrette pas son départ de l’escale, un milieu de plus en plus difficile à supporter pour les agents y exerçant leur métier.

Mélanie * est un prénom d’emprunt.