Nous sommes longuement revenus sur l'accident qui a coûté la vie à un adolescent de 16 ans en gare de Nouan le Fuzelier (41) lundi soir. Le jeune homme, qui descendait d'un TER Châteauroux / Vierzon / Orléans, a traversé les voies sur le PN gardé numéro 112 alors clos et interdisant toute traversée des voies. Il a été percuté par un TER Orléans / Vierzon / Bourges et est décédé des suites de ses blessures. Nous avons alors réagi sur l'inconscience d'une partie de la population vis à vis des dangers du chemin de fer. Nombreuses ont été les réactions de cheminots signalant que les rappels à l'ordre se terminent souvent en insultes, en menaces ou pire encore: en coups. "Les gens ne se rendent pas compte du danger et ne veulent pas admettre qu'ils ont tort", dit Estelle, agent d'escale traitée de "sale pute" après avoir repris deux adolescentes qui ont traversé 4 voies dans sa gare. "Je suis lassé de répéter x fois par jour qu'il est interdit de traverser les voies quand le pictogramme est rouge et j'ai peur d'avoir un accident de personne sous les yeux", rapporte un agent circulation Auvergnat.

Quelques exemples d'accidents

Nous parlons ici seulement des accidents ou du risque d'accidents, et non pas des suicides. Et plus précisément des accidents dus à l'imprudence. Nous éloignons le sujet des accidents, ou risques d'accidents, train contre véhicule motorisés et nous nous focalisons sur les accidents avec des piétons. Parmi eux, nous citons:
-L'accident de Montluel le 7 janvier 2011. Un jeune âgé de 16 ans a été percuté par un TER Lyon Annecy alors qu'il traversait les voies sur pictogramme rouge clignotant.
-L'accident de Montfort le Gesnois le 1 octobre 2013. Un jeune âgé de 17 ans a été percuté par un TER Le Mans Paris alors qu'il traversait les voies, ainsi que deux de ses amis, au lieu d'emprunter le passage souterrain.
-L'accident de Saint Seurin sur L'Isle le 14 mars 2018. Une adolescente de 15 ans a été percutée par un TER Bordeaux Limoges. Elle a traversé les voies sur un passage à niveau aux barrières fermées. 
-L'accident de Fréjus le 4 juin 2018. Un résident de la commune âgé de 22 ans a traversé les voies pour ne pas arriver en retard à son cours de boxe.
Dans chaque cas il y'a eu des témoins. Bien sur, le conducteur du train mais aussi des usagers, des camarades de classe ou pire encore, de la famille. Tous se souviendront à jamais de l'accident qui s'est déroulé là, sous leurs yeux.

Petits rappels élémentaires

A chaque fois la même question revient: l'accident aurait il pu être évité ? Oui. Dans ces quatre cas, il aurait fallu que la victime respecte la loi du chemin de fer: un piéton ne gagne jamais contre un train. Il aurait suffit de respecter l'interdit. Il est interdit d'être imprudent, ou inconscient. La SNCF fait de la prévention et martèle régulièrement les règles de bonne conduite aux abords de la voie ferrée.

Nous rappelons d'abord que l'accès aux emprises est interdite à toute personne étrangère au service ou non habilitée. Le "public" doit donc emprunter les accès aménagés destinés, dans certaines gares ou haltes, à traverser les voies. Soit un passage souterrain, une passerelle, un pont routier ou un passage planchéié. Dans ce dernier cas, en dehors des lignes sur lesquelles les trains circulent en marche à vue à l'abord des dits passages, le passage est équipé de pictogrammes. Lorsque celui ci clignote en rouge, il est interdit, quelle que soit la raison, de traverser les voies. De même qu'il est interdit de le faire hors de ces passages, que ce soit en gare ou en pleine ligne. Certaines gares ou haltes, comme Nouan le Fuzelier, ne disposent que d'un passage à niveau pour rejoindre un quai ou l'autre. Les passages à niveau ne doivent en aucun cas être traversés lorsque les barrières sont baissées ou lorsque la sonnerie retentit. C'est interdit. La règle est la même que le passage à niveau soit à l'abord d'une gare ou en pleine ligne. Concernant les passages non protégés, situés sur des chemins communaux, une pancarte S oblige le conducteur à siffler à l'approche. Il convient donc d'être à l'écoute et d'être vigilant, de regarder à droite et à gauche avant de s''engager.

Le public doit attendre le train à une distance éloignée du bord du quai et ne doit s'en approcher que lorsque le train est à quai. Pendant que nous y sommes, nous rappelons que l'accès au train se fait seulement du côté quai. Idem pour la descente. Descendre en pleine voie est interdit car c'est dangereux. Et nous rebondissons le mot interdit. Si c'est interdit, ce n'est pas pour vous embêter messieurs dames. C'est parce que c'est dangereux pour vous. Idem, il est interdit de faire du vélo, de la trottinette ou du roller sur les quais. Encore moins de la mobylette ou de la moto, voire même du quad.

Dernier cas, plus effrayant: les trompe la mort. Ce jeu, totalement débile, consiste à se mettre sur les voies à l'approche d'un train et à se retirer qu'au dernier moment. Ce comportement est, lui, incurable.

Quand l'insolence rejoint l'inconscience

Nous ne disons pas que les victimes des accidents cités ci dessus ont, auparavant, été rappelées à l'ordre pour leur comportement inconscient. Nous ne pouvons pas le savoir. Mais il y'a une vérité, une réalité bien ancrée: l'insolence rejoint souvent l'inconscience. Une partie de la population pense que l'interdit est fait pour les embêter. Et vous avez été nombreux à nous en témoigner, aussi bien cheminots qu'usagers. 
Dans la norme, un cheminot constatant une prise de risque ou un risque d'accident par comportement imprudent ou inconscient doit avertir le sujet se mettant en danger et le rappeler à l'ordre. Les agents assermentés peuvent verbaliser le comportement fautif. Plus encore. Le fait de pénétrer dans les emprises sans autorisation est passible de 6 mois de prison et 3750€ d'amende. Dans le règlement, un agent de conduite doit siffler si il voit une ou des personne(s) traversant les voies,  ou trop proche du bord du quai. Il s'agit d'éviter l'accident en avertissant la, ou les, personne(s) du danger.

Un agent de circulation dit: "Je me rappelle d'une nana, lors d'un croisement sur Voie Unique. Le train était à 100 mètres voire un peu plus. Elle a traversé le passage planchéié" Le train siffle, il en fait de même. Il la rappelle sèchement à l'ordre en lui disant "au mieux c'est la mort qui l'attendait". Sur ces mots, elle répond: "Je suis grande, je sais juger la distance". Non. Personne n'est apte à juger le rapport vitesse / distance d'un train. 

Un agent de conduite Breton nous dit: "L'autre jour j'en ai un qui a fait traverser sa femme devant mon train alors que j'arrivais en gare à 60 kmh environ, j'ai sifflé et lui ai fait des signes mais il m'a répondu d'un regard et signe de tête genre quoi qu'est ce que tu as crétin de cheminot ?!. Il pensait sans doute que je peux m'arrêter comme en voiture. Un jour ça sera fin de la partie pour lui malheureusement s'il pense toujours ça"

Un autre agent de conduite dit: "Je dis toujours à ceux que je vois traverser les voies que ce qui les attend c'est la caisse en sapin ! En general ils s'en branlent comme il faut et te rient au nez. S'ils savaient réellement ce que ça fait ils n'auraient pas ces comportements !"

Un agent d'escale Rennais témoigne: "Quand quelqu'un traverse les voies et que je le rappelle à l'ordre, je sais qu'une fois sur deux c'est un doigt d'honneur, une insulte ou un ta gueule. Ils ne comprennent rien, ils vivent dans un monde virtuel. Mais la SNCF c'est pas Play Station, on a pas une nouvelle vie quand on en perd une

Un lecteur, dont nous n'avons pas le métier, commente: "Un collègue à l'arrêt sifflait suite à la traversée de voie d'un papy, qui s'est retourné pour faire un doigt d'honneur mais manque de chance pour lui, le collègue tentait de le prévenir car il apercevait le croiseur arriver" La personne âgée est décédée, heurtée par le train tout en faisant un doigt d'honneur à celui qui a tenté de lui sauver la vie. 

Une usagère dit: "Gare de Tende, nous somme voie 1 le train arrive et il est sur la voie 2. Nous nous dirigeons vers le passage plancher pour attendre, la personne devant nous traverse en vitesse , à 3 métres du train , j'attends et traverse quand le train s'est correctement arrêté je retrouve l'inconsciente et lui dit que c'était hyper dangereux ce qu'elle a fait. Elle se fache car elle prend le train tous les jours et sait où il stoppera! Sur cette période durant deux mois le même conducteur qui stoppait avant le plancher. La semaine d'après c'était un autre qui stoppait après"

"Je suis conducteur, et je dis plus rien. Marre de me battre avec des ânes qui se croient supérieurs aux autres. Quand un accident arrive, certes c’est dramatique, mais ils le cherchent aussi. Comme on dit: sélection naturelle. Il y a une phrase que j’aime bien sortir quand j’ai l’occasion: vaut mieux arriver en retard qu’en corbillard"", dit un autre lecteur.

Certains poussent le vice encore plus loin. Une agent commerciale en gare, effectuant également de l'escale, dit avoir signalé à une famille qu'elle était trop proche du bord du quai alors qu'un TER arrivait. "Le père s'est retourné et m'a dit si le train nous happe, la famille portera plainte contre la SNCF. Le conducteur a sifflé, il a fait un doigt. Suite à quoi, le contrôleur a été mis au courant. Le conducteur est descendu et a dit la prochaine fois vous finissez en purée. Ca les a choqué mais au moins ils ont compris
Un agent commercial exerçant en guichet dit: "Un jour, un couple vient au guichet avec leur fils de 15 ans. La veille, un ASCT l'avait verbalisé car il avait traversé les voies. Ils ne sont pas venus pour payer, mais pour protester car, pour eux, c'était pas normal que leur fils, un saint, reçoive un PV pour ça. Ils ont dit que personne à la SNCF ne devait donner de leçons à leur fils. Agacé par cette irresponsabilité, j'ai craqué et j'ai dit écoutez, entre payer le PV ou payer des obsèques à votre fils, vous préférez quoi ? Et la, ils sont partis en colère. Lui est revenu payer le PV quelques heures plus tard en disant que l'affaire était close. Je me suis abstenu de commenter l'éducation qu'il donne à son fils...
"Je me suis fait caillasser par une mère de famille à Juvisy après avoir sifflé. Elle traversait juste devant mon train au début du quai, j'arrivais à 70 km/h et elle a traversé avec ses deux enfants. Mes coups de sifflet ne lui ont pas plu et elle est descendue pour ramasser du ballast et le lancer sur la rame en m'insultant", dit un ADC RER.

"Combien de fois me suis-je fait insulter pour avoir dit à des jeunes ou moins jeunes qu'on ne traverse pas les voies ?
" nous dit un chef de service voyageurs Grenoblois. "Je ne les compte plus et à Grenoble, peut être pas plus qu'ailleurs, ça arrive souvent. Ils le font pour nous faire chier mais nous, ce qui nous fait chier, c'est si ça tape. Qu'ils se fassent tuer moi je m'en fous, c'est la suite qui m'importe le plus. La gestion de la situation, qui est difficile, mais sans compassion pour les victimes. J'ai été insulté je ne sais combien de fois et j'ai déposé plainte trois fois pour ces faits

Dans vos réactions et témoignages, nous avons pèle mêle des situations de personnes qui traversent pour ne pas rater leur train. Pour provoquer. Pour tromper la mort. "Ils se sentent invincibles", dit une ASCT Nîmoise. "Pour eux, comme c'est la SNCF, ils ont tous les droits mais le train, lui, s'en fout. Si il les percute, ils sont morts", dit un agent de conduite. "Une collègue s'est reçue un coup de poing au visage de la part d'un jeune à qui elle venait de dire qu'on ne traverse pas les voies", raconte un agent d'escale Toulousain. "Et une autre fois, un homme d'affaires a traversé deux voies pour prendre un TER pour Carcassonne. Son TGV était arrivé en retard, il m'a dit j'ai droit de traverser les voies car le TGV était en retard et je n'ai pas envie de rater le TER" 

Autre situation rapportée, en gare de Montpellier. Un homme d'une quarantaine d'années téléphone juste au bord du quai. Un train Fret arrive sans arrêt prévu en gare. Un agent d'escale et un ASCT lui signalent le danger. Il se retourne mais ignore. Le train Fret arrive et siffle. Les deux cheminots lui crient dessus. "Il s'est éloigné et a dit que nous sommes des petits agents SNCF de merde, qu'on avait rien à lui dire, qu'il est grand, que nous quand on fait grève faut rien nous dire et donc, on devait se taire. Je me suis énervé et je l'ai pourri sur place. On s'est criés dessus pendant 5 minutes. Il est parti en disant qu'il se plaindrait" raconte l'ASCT. Le rapport avec la grève est tout trouvé. Cet homme se nourrit des inepties amassées dans les médias.

Conclusions

On le dit souvent. Ils se croient tout coups permis parce que c'est la SNCF. Tout leur est dû, qu'ils aient payé un billet de train ou non. "Pour eux, les cheminots sont nuls et n'ont pas à donner de leçons aux autres", observe un agent caténaire Messin. Exact. Pour eux, la SNCF et les cheminots ne sont bons qu'à être bashés par les médias. Les médias discréditent les cheminots et engendre ces situations dans lesquelles le cheminot n'a qu'un doit: se taire. Or, même si ça ne plaît pas aux gens, les cheminots ont un pouvoir, une autorité limitée à l'environnement ferroviaire. 

Quel comportement adopter ? Nous savons que l'accident de personne est une crainte majeure des cheminots. Il n'est pas sans conséquences sur le psychisme. Nous savons aussi que, si un accident arrive qu'il y'a un cheminot en service et habilité présent dans le "coin", le cheminot risque d'être poursuivi si il n'a pas averti du danger. Pour autant, ne vous exposez pas en faisant la morale aux imprudents. Vous risquez l'insulte, les menaces ou les coups qui sont peut être aussi traumatisants que l'accident de personne en lui même. La bêtise humaine et la lobotomie sont incurables. Exercez vos missions, signalez le danger si vous êtes habilités. Et si accident de personne il y'a, faites vous prendre en charge dans les plus brefs délais par la cellule de soutien psychologique de la SNCF.